26.9.07


Paula Modershon Becker
Femme avec des fleurs - 1907.

J'ai découvert le recueil des "Requiem" de Rainer Marie Rilke...
Ici, un extrait de sa "Lettre à une amie", écrite en hommage à Paula Modherson Becker, morte en couches à 31 ans.

"(...) Es-tu encore là ? Dans quel recoin es-tu ? –
De tout cela tu as eu une si ample science,
tu as pu accomplir tant de choses en t’éloignant ainsi,
ouverte à tout, comme un jour qui commence.
Les femmes souffrent : aimer veut dire être seul,
et les artistes parfois dans leur travail pressentent
que leur devoir, quand ils aiment, est la métamorphose.
Amour, métamorphose : tu entrepris l’un et l’autre ; il y a l’un
et l’autre dans Cela qu’à présent falsifie une gloire qui te les dérobe.
Hélas, toi qui fus loin de toute gloire. Toi qui fus
de peu d’apparence ; qui avais sans bruit replié
ta beauté en toi-même, comme on baisse un drapeau
au matin gris d’un jour ouvrable,
et ne voulais rien d’autre qu’un long travail, –
travail qui n’est pas accompli : non, hélas, pas accompli.
Si tu es encore là, s’il reste encore
dans cette obscurité une place à laquelle ton esprit
vibre sensiblement, à l’unisson des ondes planes et sonores
qu’une voix, solitaire dans la nuit,
suscite dans le flux d’une haute chambre :
Alors, écoute-moi : Aide-moi. Vois, nous allons nous aussi
glisser, nous ne savons quand, revenir de notre avancée vers
quelque chose que nous n’imaginons pas, où
nous serons empêtrés comme dans un rêve,
et dans quoi nous mourrons sans nous réveiller.
Nul n’est plus avancé. À tous ceux qui ont soulevé leur sang
pour une œuvre qui s’avère longue,
il peut arriver de ne plus le tenir à bout de bras
et qu’il retombe, privé de valeur et vaincu par son poids.
Car il existe quelque part une antique hostilité
entre la vie et le noble travail.
Afin que je la discerne et la dise : aide-moi.
Ne reviens pas. Et donc – si tu le supportes –
sois morte chez les morts. Les morts ont fort à faire.
Aide-moi pourtant, sans dissiper tes forces,
comme m’aide parfois le plus lointain : en moi. (...)

Reiner Maria Rilke
1908


24.9.07

Vieilles douleurs et ablations 

Je bataille encore contre tes mots malheureux de juin, ta prophétie triste m'annonçant une déchéance future à te quitter, médiocrité sociale et intellectuelle, adieu voyages, vie banale sans argent, retour aux toxiques puisque je ne m'aime pas. A cause de cette colère, je piétine dans le deuil de notre histoire, je n'y trouverai peut-être jamais de suite épistolaire.

Une vive douleur qui ne passe pas, me met complètement ko depuis trois mois, voilà aussi pourquoi je n'écris pas, ne monte plus les marches du métro quatre à quatre, oulà non, je ne te reconnais plus là, tu as moins de joie au bistrot, la chair souffre et mérite de passer sur le billard. Rien de vraiment grave tout ça, face à, vous m'aimez toujours, et mes beaux souvenirs, mon petit garçon au sourire éclatant, l'amant si ardent, mon parcours jeté sur le marché, pour voir, revenant couronné, oui, vous valez beaucoup mieux et vous ne le saviez même pas !


10.9.07

The big 4 

Aujourd'hui je suis émue, j'ai quarante ans.
La petite voix que je pose ici me manque presque affreusement, je reviens émaciée dans la crainte ne plus savoir l'écrire et comment. Quarante ans, pour ma deuxième vie.
Parce que pendant le temps de mon absence, peine de motivation, manquements graves à mes obligations. Comme j'ai été incapable de répondre aux courriers de mes vies antérieures, tant j'ai manqué de courage pour faire signe à ceux que j'aime, pardon.


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