28.6.07

Daumal fever 


René Daumal
(1908 - 1944)

Dimanche amputé. Comme la femme coupée en deux des 4x3 de Misstic, me suis traînée au marché de la poésie Place Saint-Sulpice pour y retrouver René Daumal qui m’obsédait.

La Guerre Sainte

(…) Vous devinez maintenant de quelle guerre je veux parler.
Des autres guerres - de celles que l’on subit - je ne parlerai pas. Si j’en parlais, ce serait de la littérature ordinaire, un substitut, un à-défaut, une excuse. Comme il m’est arrivé d’employer le mot "terrible" alors que je n’avais pas la chair de poule. Comme j’ai employé l’expression "crever de faim" alors que je n’en étais pas arrivé à voler aux étalages. Comme j’ai parlé de folie avant d’avoir tenté de regarder l’infini par le trou de la serrure. Comme j’ai parlé de mort, avant d’avoir senti ma langue prendre le goût de sel de l’irréparable. Comme certains parlent de pureté, qui se sont toujours considérés comme supérieurs au porc domestique. Comme certains parlent de liberté, qui adorent et repeignent leurs chaînes. Comme certains parlent d’amour, qui n’aiment que l’ombre d’eux-mêmes. Ou de sacrifice, qui ne se couperaient pour rien le plus petit doigt. Ou de connaissance, qui se déguisent à leurs propres yeux.
Comme c’est notre grande maladie de parler pour ne rien voir (…)

***
Mémorables

Souviens-toi de ta mère et de ton père, et de ton premier mensonge dont l’indiscrète odeur rampe dans ta mémoire.
Souviens-toi de ta première insulte, à ceux qui te firent : la graine de l’orgueil était semée, la cassure luisait, rompant la nuit une.
Souviens-toi des soirs de terreur où la pensée du néant te griffait au ventre, et revenait toujours te le ronger, comme un vautour ; et souviens-toi des matins de soleil dans la chambre. (...)

***
Last letter to his wife

This is how I sum up for myself what I wish to convey to those who work here with me :
I am dead because I lack desire,
I lack desire because I think I possess.
I think I possess because I do not try to give.
In trying to give, you see that you have nothing;
Seeing that you have nothing, you try to give of yourself;
Trying to give of yourself, you see that you are nothing :
Seeing that you are nothing, you desire to become;
In desiring to become, you begin to live.

René Daumal
Printemps 1940


25.6.07

De rompre 

Tu es déçu, je ne suis pas celle que tu as lue. J’ai embué ton rêve de mon souffle banal et tu me gifles du regard si clair de ta réussite. Tu voudrais que je sois une autre et sur la bonne image. Si je n’avais pas échoué au concours d’un prestigieux travail, si je n’avais pas aliéné ma pure liberté à la maternité…Dis moi bercail stupide, bêtes et pierres. Je réponds limaces dans ton jardin, vieilles maîtresses slaves, châtiment du quotidien, destinations lointaines et inhospitalières où tu partiras toujours comme pour faire pénitence. Au milieu des roses si belles que tu m’as apportées, nous buvons du champagne tiédissant, nous dévorons notre pain sec dans les sourires et les larmes.


La grace d'Elvis 

Elvis Perkins
Pour "All the night without love".


20.6.07

Mon chouchou 

C'est Spoke!


De chair et d'ambre 

Il ne faut pas s’inquiéter et savoir me lire : si je ne suis pas ici, je suis toute à la vie. Elle me cherche, me tend ses bras de peau neuve, elle ne me laisse plus dormir, ni tourner en rond à fouiller des poèmes. Comme un mot chasse l’autre, comme je sens le froid quand je dévêts un homme de mon amour pour en habiller un autre. Je n’oublie rien, je le glisse dans l’ambre, pour le porter toujours en médaillon précieux.


12.6.07

Semaine rouge 

Ici, il n’y a plus rien pour moi. Il me parle comme si j’étais bête, ce doit être, puisque je suis en charge de ce qui le débecte. Quand je serai partie j’aimerais qu’il me regrette. Mais ce ne sera pas le cas.
Je rêve d’A. Elle me dit qu’elle a beaucoup d’argent, qu’elle en reçoit de sa famille, de ses amis, que tout marche pour elle.
Je m’allonge sur une table, je me couvre le visage et je pleure, je me sens misérable.
Je rêve que MC fait les cent pas dans la cour du 58. Son allure est toujours aussi masculine mais elle a fait repulper sa bouche et s’est maquillée comme une fille.
Je rêve que mon amant a retrouvé sa femme, qu’ils sont heureux à nouveau maintenant. Je rêve que notre amour s’éteint.
Je désire follement l’été, les vêtements qui me changeraient d’amertume.
J’ai acheté « Enfance » de Nathalie Sarraute en pensant à François.

Et « Lettera amorosa » illustrée par Braque, par Arp.

« Amants qui n’êtes qu’à vous-mêmes, aux rues, aux bois et à la poésie ; couple aux prises avec tout le risque, dans l’absence, dans le retour, mais aussi dans le temps brutal ; dans ce poème il n’est question que de vous. »

René Char - 1953


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