31.5.07

Schizophrénie 

Des hommes, le sexe en tête, l'adoration du corps, telle fut la fête. Puis le petit revient, j'oscille, j'aime être mère et je suis ailleurs, pilote aux mains libres, fauchée comme un guéridon par son énergie, nous philosophons entre la purée et le jambon, nous lisons les aventures d'Ulysse. Je lui coupe les ongles. Je lis "La vie commune" de Lydie Salvayre.


30.5.07

Les ratures de feu 


Les amants - 1904
Pablo Picasso

Durant ces mois obscurs, ma vie n'a scintillé que lorsque je faisais l'amour avec toi.
Comme la luciole qui s'allume et s'éteint, s'allume et s'éteint - nous pouvons par instants suivre son chemin
dans la nuit des oliviers.

Durant ces mois obscurs, ma vie est restée affalée et inerte
alors que mon corps s'en allait droit vers toi.
La nuit, le ciel hurlait.
En cachette, nous tirions le lait du cosmos, pour survivre.

Tomas Tranströmer
Extrait de "Baltiques"


22.5.07

Du vide et des lueurs 

Je ne vais pas très bien mais il y a des lueurs. Demain soir, The National à la Maroquinerie. Ou entendre Nancy H. chantonner au rayon frais du Franprix, samedi. Alerte star. À midi, je fréquente la même cantine que Gérard Mordillat et que Jérôme Prieur. Voilà deux beaux regards intelligents. Un roman russe d'Emmanuel Carrère, j’aime quand les hommes cessent de frimer pour écrire ce qu’ils ont dans le bide. New Moon d’Elliott Smith. Où se glissent mes bruits. Le canapé gris que je déplie. L'alèze tâchée au son mat. Le défroissement du drap housse, l'étalage, le bordage, le jet double d'oreillers orphelins, le dépôt de couette volatile. Les dents, l'aspirine, le carnet vide, tout à portée de main, cinq minutes, la voilà endormie. Femme finissant seule.
Misérables, ces fins de journées où je me suis offert de disparaître dans l'anonymat de proximité et la matrice tiède, stupide du café, où je me fais vaguement draguer par des types qui seraient bien incapables de m'écrire une lettre. Ensuite je rentre aux affaires courantes de ma conscience. Je vais m'éteindre pour me réveiller à cinq heures. Vite, mon coeur tragique, mon trajet identique.


11.5.07

Pause musicale 

Aujourd'hui c'est SoKo!


6.5.07


Forêt - 1902
Gustav Klimt

Madrigal

J'ai hérité d'une sombre forêt où je me rends rarement. Mais un jour, les morts et les vivants changeront de place. Alors la forêt se mettra en marche. Nous ne sommes pas sans espoir. Les plus grands crimes restent inexpliqués, malgré l'action de toutes les polices. Il y a également, quelque part dans notre vie, un immense amour qui reste inexpliqué. J'ai hérité d'une sombre forêt, mais je vais aujourd'hui dans une autre forêt tout baignée de lumière. Tout ce qui vit, chante, remue, rampe et frétille ! C'est le printemps et l'air est enivrant. Je suis diplômé de l'université de l'oubli et j'ai les mains aussi vides qu'une chemise sur une corde à linge.

Thomas Tranströmer
Extrait de "Baltiques" 1954-2004


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