8.8.05

Un été invincible 



Allongée sur le grand lit de la chambre jaune, face aux deux fenêtres ouvertes entourant le grand miroir, je prenais toute la place, j’étais bien. Mon petit était endormi à côté dans la chambre verte, celle que j’occupais avant que je ne sois sa mère. Je l’entendais parler dans son sommeil : il disait vas-y, vas-y cours vite !
Le délice des vacances c’est lire au soleil au bord de la piscine de feu mes grands-parents « Le premier homme » et plonger dans l’histoire de mes ancêtres. C’est relire « Zazie dans le métro » et me bidonner. J’ai nagé, vigoureusement. Je suis partie tôt un matin à Marseille, en train et j’ai marché jusqu’à la Vieille Charité pour y voir de belles peintures et la roche rosée des portes de l’Orient. Les travaux du métro y éventraient les artères surchauffées, les ouvriers sont des héros. Des gamins torses nus ont la langue bien pendue, les filles, de longues jambes à moins que ce ne soit la taille de leurs jupes, les ruelles suffoquent. Je voyage et je suis chez moi, c’est diablement bon.


7.8.05

Paris 


Nocturne, Côté sud rue Livingstone
Erik Desmazières - 2000.

O vaisseau endormi
qui m’attends
loin de moi, ô Paris
mon honneur et ma fête,
mon secret réchauffé
dans tes yeux.

O ma Seine arrimée
dans tes eaux printannières,
ô charniers innocents
de mémoire, ô ma vie
trépassée qui verdoies,
plus comblée que tes jours
quand ils luirent.

O ta neige en mon âme
et mes fleurs, ô manteau
pour briller dans l’hiver
de mon âge,
mes blessures sont couleur de ton ciel.

O Paris, tes arènes
pour combattre mes bêtes,
mes taureaux blanchissant
par la nuit, et ma mort
piétinée et mon sang
qui surgit dans leurs yeux
et mon rire.

O Paris, tes ponts-neufs
pour passer mes abîmes,
tes deux îles mes yeux
oscillant sur le flux,
tes fenêtres du soir
mes attentes lointaines
et tes portes d’hôtel
mes entrées du mystère.

O Montmartre, ta proue
et tes tours pour hausser
mes refus, tes rosaces
pour mirer la beauté
et les Halles au matin
et les cris du jardin
la tendresse du jour.

O Paris, mon amande
bleue amère,
ma réserve songeuse,
jusqu’aux pierres
de ton sein
mes douces graminées,
tes marchands de couleurs
arbres de ma voix vive
et ton ciel pourrissant,
ô mon heaume enchanté.

André Frénaud
Tiré de "Il n'y a pas de paradis"
Poèmes (1943-1960)


4.8.05

Lien de sang 


Henri de Toulouse-Lautrec
La blanchisseuse - 1889.

Maintenant que tu n’es plus là, fiston, tu me manques un peu et ton image ne m’étreint que mieux. J’ai transformé ta chambre en buanderie et j’y fais chauffer le fer, je repasse tes vêtements d’absent dans la vapeur d’eau. Je regrette, mon ingratitude et mon impatience, je regrette toutes les promesses que je n’ai pu tenir et tous les spectacles auxquels je (ne) t’ai finalement (pas) mené. Et le reste des choses idéales que j’ai mises de côté. Et mon amertume qui revient si souvent. Et pendant que tu frottes ta vie à d’autres expériences, je fais un peu n’importe quoi de moi, je fais ce que je croyais indispensable mais tu vois, comme ces grosses pommes trop rouges, éclatantes sous la cire, une fois croquées elles n’ont pas plus de goût que ça. C’est maintenant que tu ne m’appelles plus sans cesse pour régler les choses premières de ta vie, que je bourdonne ainsi. Toi, ta force, ta grâce. Et comment la beauté contribue à rendre le monde supportable.


2.8.05

Pauline Croze 

Quand je pense qu'elle a écrit une chanson rien que pour moi !


Sur le pouce 

Hier lundi, je me suis levée du pied gauche et me suis férocement tordu la cheville après une très courte nuit de 4 heures puis me suis traînée toute la journée comme une épave menacée de narcolepsie. Lorsque je suis rentrée chez moi hier soir, mon panard avait sérieusement gonflé dans mon godillot de sécurité, j’ai un peu chouiné dans l’espoir de me faire cajoler mais Dinosaure n’est pas du genre à s’attendrir sur les blessures domestiques. Puis, ce matin j’ai constaté que ma cheville était presque ressuscitée quoique encore un peu raide au bout de ma jambe. Alors la journée s’annonce radieuse avec soleil et frais ciel bleu sur le Marais frappé de désertification estivale. Quand les bobos sont enfin partis à Noirmoutier ou à Porquerolles, les bistrots ferment, les restaurants et les boutiques aussi, les travailleurs de l’été ne savent plus où aller et font la queue devant l’unique boulangerie ouverte du quartier pour y acheter à l’heure du déjeuner un sandwich bien caoutchouteux.
Samedi, j’ai rencontré Samantdi , de passage à paris. J’aurais préféré l’avoir pour moi toute seule mais j’ai été contrainte de la partager en plusieurs morceaux avec d’autres blogueurs fort sympathiques qui en voulaient aussi. Finalement avec le couscous c’était bon et j’ai même pris une deuxième pâtisserie orientale et un quatrième verre de rosé ce qui ne me ressemble absolument pas. J’ai ensuite accepté d’être raccompagnée en 4x4 (ce qui ne me ressemble pas du tout non plus) place de Rungis, par la pétulante Vroumette et j’avoue avoir apprécié cette ballade motorisée bï-nïte.
Et puis dimanche j’ai trouvé la paire de sandales de mes rêves, non pas chez Colisée de Sacha mais au marché chez un chausseur ambulant qui chausse les personnes âgées du quartier Corvisart, c’est formidable, toutes les filles hypes que j’ai croisées n’ont pu s’empêcher de pleurer de jalousie. J’aime ça.

Et puis Blogskaïa fête aujourd’hui son anniversaire de 2 ans et je ne suis pas peu fière de vous l’annoncer !


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