23.6.05

Just find it 


© Alain Bénéteau - Nuage du jour.

Mon souci du jour est de trouver une jolie robe pour le mariage de mon cadet.
Je déteste acheter des vêtements, je déteste les essayer, je déteste découvrir leur prix, je déteste ma jambe avec sa vilaine cicatrice cannibalisant toute mon image dans le miroir de la cabine d’essayage. Je déteste me tromper d’achat, je déteste dépenser de l’argent pour moi.
M’habiller est un problème ce n’est pas un plaisir. Aujourd’hui, devoir être chic à prix réduit me plonge dans une angoisse de dilution face à la multitude de panoplies à disposition. Je vais errer de boutique en boutique, trouvant tout laid, synthétique et trop cher. Le temps et l’attention que j’y accorderai seront toujours insuffisants, je serai vite rattrapée par l’heure et par l’urgence. Je voudrais juste une robe dessinée rien que pour moi, une belle robe qui n’attendrait que moi dans la fraîcheur d’une boutique climatisée tenue par une vendeuse de goût. Bien sûr le vêtement tomberait parfaitement et sa teinte me mettrait en valeur.
Quand on ne sait se définir, il est normal de ne savoir se vêtir. Je suppose que cette difficulté s’atténuera avec le temps et qu’à force de désirer je saurai discerner parmi tant de styles et de matières et si peu de belles couleurs, les formes idéales de mon nouveau plumage. Il faudra peut-être beaucoup d’essayages. Contrairement à ce que dit l’adage, je crois que le vêtement fait la nonne. Je crois aussi que la première impression est toujours la bonne.


18.6.05

L'Air du Temps 


Albert Marquet - Le Pont-Neuf la nuit - 1935-1939.

Je l’aime bien La Samaritaine. Je suis triste qu'elle ferme. Quand j’étais gamine j’en traversais le magasin principal en sortant de l’école. J’entrais alors au Bonheur des Dames. Je retrouvais les descriptions foisonnantes de Zola, les marchandises débordant des étalages, étincelant dans la lumière artificielle, les bijoux, la lingerie, les bas, les parfums, les cosmétiques, les chapeaux, les foulards, la maroquinerie, les objets de toilette.
Les vendeuses de parfums sont toujours les plus belles, savamment fardées, un peu hautaines derrière leurs présentoirs précieux.
Devant le comptoir laqué de Nina Ricci, j’avais osé m'adresser à une de ces jolies personnes, s’il vous plait madame, pourriez vous me donner un échantillon de l’Air du Temps, je fais pas collection, c’est juste que ça sent si bon.
Après un temps d’hésitation, elle avait alors saisi dans un tiroir la ravissante miniature de verre torsadé et son délicieux bouchon en forme de colombes se baisant le bec, et me le tendit ce trésor, ce flacon que toutes les filles de l’école convoitaient, pour le déboucher maladroitement dans leur pupitre à l’inter-classes, en faire couler une goutte sur leur poul et se griser de giroflée. Ah les photos de David Hamilton… Ces danseuses si gracieuses…Ces très jeunes filles sur des plages de sable blanc… J’ai dit merci oh merci madame, c’est si gentil et je suis partie comme une sauterelle. Plus tard, j’ai porté ce parfum longtemps. Maintenant je le trouve un peu écœurant.


17.6.05

Du partage 

Ces jours-ci, je vous ai lus. Vos mots d’humains me touchent comme si je vous connaissais depuis longtemps.
Grosse Fatigue a failli voir mourir son enfant. Chez voulait se tuer par amour à 17 ans, Veuve Tarquine écrit que son fils se balance, Embruns se relève d’un deuil de 10 ans, Le Bleu du Ciel nous parle de la violence de son enfance, les mères de Nico et d’Emmanuelle sont mortes.

Je crois intimement que le partage d’une expérience de souffrance permet son soulagement. Je crois que les gens qui en lisent le récit, sans pour autant déposer de commentaires, en prennent inconsciemment une partie à leur charge en y pensant, en priant, en y réfléchissant. Je crois que l’on a tout à gagner à écrire honnêtement et sincèrement sa propre histoire. C’est pourquoi les blogs des personnes qui parlent de ce qu’elles ont dans le ventre et dans le coeur sont mille fois plus intéressants et précieux que ceux qui ressemblent à des cartes de visite professionnelles ou des faire-valoir creux et sans âme. Je crois que bloguer permet de se rendre compte à quel point la vie des autres est fascinante et digne de respect. Je crois que bloguer m’est devenu absolument indispensable et que c’est une aventure humaine exceptionnelle. Je crois qu’on peut tomber amoureux de quelqu’un qui blogue et se laisser envahir par ses mots et son histoire jusqu’à l’obsession. Je crois qu’il est absolument inutile de distiller le cynisme, la méchanceté et la haine dans les posts et les commentaires parce que c’est facile et lâche et que le mal est contagieux. Je crois que j’ai rencontré, grâce aux blogs, des gens que je n’aurais jamais pu découvrir autrement. Je crois que les blogs nous poussent à la tolérance, à la retenue et à la réflexion et qu’ils sont des vecteurs de démocratie et d’amour par le partage.


16.6.05

My generation 

J’ai été très intéressée par ces articles du Monde parus le 15 juin : « La nouvelle génération de cadres face à la société de défiance" ainsi que le Verbatim "On est les enfants des fous. Bien sûr qu'on est sages ! La folie, c'était leur luxe...".
Ce dernier article présente des extraits d’entretiens réalisés par Euro-RSCG dans le cadre d’une « étude qualitative auprès des décideurs pour tenter de comprendre les rapports de force entre élites et les relations entre élite et société ». J’ai constaté que beaucoup de ces extraits sont représentatifs de ce que je peux penser moi aussi, bien que je ne sois pas cadre comme le sont les personnes qui ont été interrogées.
J’ai fait une sélection des commentaires que je cautionne (et uniquement ceux-ci), bien que certains soient taillés à l'emporte-pièce.

"Le monde futur n'est pas chez nous, car nous ne prenons pas de risques."

"On donne trop d'importance aux désillusions que les gens peuvent rencontrer dans leur vie. Ce n'est pas grave de déposer le bilan, de faire faillite. On s'en relève."

"En France, plus le monde s'ouvre et plus les gens se ferment. C'est insupportable."

"On se dit "mes enfants, qu'est-ce qu'ils auront". Nous ne nous faisons plus d'illusions. Nous nous disons juste "on va sauver ce qui est à sauver"."

"C'est plus difficile d'envisager l'avenir. Par exemple, notre génération ne sera pas propriétaire de son toit. Donc, que laisserons-nous à nos enfants ?"

"La gauche est tombée dans le piège des 35 heures. Elle a oublié que la capacité de travail des gens, c'est leur seule fortune quand ils n'ont pas de patrimoine."

"La génération du baby-boom s'accroche aux règles du jeu qu'elle a fixées. Du coup, elle nous fait un Œdipe à l'envers. Là, c'est le père qui veut tuer le fils."

"On est les enfants des fous. Bien sûr qu'on est sage ! La folie, c'était leur luxe."

"La génération 1968 a été consommatrice d'âmes. Ils ont pris tout ce qu'il y avait sur le marché. Ils n'ont rien laissé pour les suivants."

"J'ai un vrai sentiment d'appartenir à une génération, surtout quand je bosse avec des gens de la génération au-dessus. J'ai le sentiment très net d'être davantage dans le relativisme : je suis de gauche, mais je pense que l'entreprise est positive..."

"Nous travaillerons pour leurs retraites, mais nos aînés vont-ils nous le rendre ? Même le lundi de Pentecôte, c'est pour aller bosser pour les vieux. Alors que, finalement, vous avez vu le bordel qu'ils nous laissent ? Des retraites pas financées, une croissance anémique, la pollution, le déficit public."


14.6.05

Empilages et distractions 


Kurt Schwitters - Telephone - 1926.

Mais comment font-elles, me disais-je dimanche, celles qui ont toujours de bonnes idées de jeux et d’activités pour les enfants. Celles qui savent fabriquer et coudre des déguisements ou des habits pour les poupées et les ours en peluche. Celles qui ont toujours de bonnes idées Déco façon Modes et Travaux. Celles qui font des pâtisseries extraordinaires, des confitures et des glaces. Celles qui organisent des goûters formidables avec des clowns et des concours de charades. Celles qui mènent leurs enfants aux spectacles après avoir étudié le programme, réservé. Celles qui ont toujours de bons plans pour leur trouver des fringues de bonne qualité et pas chères. Celles qui se souviennent à quel âge leurs enfants ont commencé à faire, ou perdre leurs nuits, à faire ou perdre leurs dents. Celles qui savent toujours quels bouquins leur acheter. Celles qui lisent les magazines spécialisés. Celles qui ne peuvent s’empêcher d’en parler tout le temps. Celles qui savent déjà dans quels lycées ils iront. Celles qui ont déjà tracé leurs carrières futures. Celles qui ne disent pas de gros mots.
J’ai rêvé que j’étais chez Gibert notre ami libraire et que je voyais tout en haut d’un rayonnage une Grammaire espagnole identique à celle que j’avais au lycée. J’étais persuadée de m’en être séparée, de l’avoir revendue, il y a longtemps, chez Gibert, justement. Je m'emparais de l'ouvrage emballé dans du papier transparent. Je l’achetais.
Le lendemain, j’ai retrouvé cette Grammaire espagnole dans la bibliothèque ! Elle était là, fidèle, et j’étais soulagée de ne pas l’avoir abandonnée. Aujourd’hui j’ai buté tout l’après-midi sur un texte à écrire pour le boulot. C’était pénible de ne pouvoir réfléchir, de ne pouvoir ordonner des abstractions, des sècheresses, j’étais incompétente et le ciel était trop bleu, la tentation de fendre le temps, trop forte. Longtemps après, la cloche a sonné six coups et je me suis enfuie.


9.6.05

Transfert 


Femme en cape dorée
Egon Schiele - 1908

Cet après-midi j’écoute la radio de Cacochyme. On peut dire qu’elle décoiffe, j’en ai perdu mon serre-tête. Heureusement mes chefs sont partis en rendez-vous. J’ai lâché mes tableaux croisés dynamiques pour regarder le ciel bleu par la fenêtre et aussi la voisine d’en face qui bronze sur sa petite terrasse, la garce. J’aimerais bien être à sa place avec mon nouveau maillot et mon huile de coco, mais ce n’est pas le cas.
Je pense à Nicole K. Si j’étais prête, je lui parlerais ainsi :
Vous savez, je voudrais bientôt me détacher de vous et de nos lundis. Maintenant la semaine s’écoule et je me surprends à ne pas vaciller. Et quand je trébuche, je sais pourquoi et comment retrouver mon équilibre. Maintenant ma jambe droite va bien mieux, mon cerveau gauche aussi, mon sein droit lui est toujours aussi petit, mais vous ne pouvez rien y faire. J’avais dit que je souhaitais cesser de m’allonger chez vous à partir du mois de mai, parce que cela ferait 4 ans que vous me recevez et j’estime avoir bien travaillé, du moins suffisamment pour mener une vie normale, une vie qui ne soit pas égorgée au réveil par le fil tranchant de l’angoisse. J’ai beaucoup travaillé et vous aussi. J’ai destiné à cet effort, non seulement du temps et de l’énergie, mais aussi un argent considérable, l’argent de cette garde-robe dont je me suis privée depuis tout ce temps et pas seulement les vêtements, les déplacements, les livres, les expos, la musique, les sorties, les cadeaux que j’aurais aimé faire à ceux que j’aime. Tout cela, c’est le prix de ma survie.
Le problème est que je crains de ne jamais pouvoir vous quitter. Il me semble que je pourrais venir vous parler toute ma vie mais ce n’est pas le but de la thérapie. Et puis ce n’est jamais le moment de vous l’annoncer. Je crains que vous ayez un geste, une moue de désapprobation indiquant que vous doutez de ma guérison. Et puis j’ai encore peur de me tromper sur ce dont je suis capable.


6.6.05

C'est lundi, c'est Martini 

Aujourd’hui je suis très heureuse de vivre. Je me suis réveillée reposée, je suis partie au travail sans anxiété, je n’ai pas croisé de gens désagréables ou nauséabonds dans le métro, je n’ai pas, à la lecture du journal, brusquement porté le malheur du monde sur mes épaules, je ne me suis pas inquiétée pour l’avenir de la France ni celui de l’Europe. J’ai pensé à mes potes et je leur ai envoyé un mot d’amitié, j’ai pensé à mon fiston et j’ai payé la cantine, j’ai pensé à mon dinosaure et j’ai imaginé de petites vacances d’été, j’ai pensé à moi et j’ai cherché un disque sur Amazon.
Ce soir je serai très heureuse et très fière de découvrir en avant-première le dernier film de mon oncle d’Amérique. Pour l’instant je n’ai pas le droit de vous parler de ce film, mais je le ferai plus tard lorsqu’il sera diffusé dans les salles parisiennes à la rentrée. Après la projection, il y aura un petit cocktail et toute ma famille sera là, y compris la branche américaine, ce qui est toujours exceptionnel. Alors aujourd’hui, je me réjouis. Malgré l’air du temps morose et le bruit des pantoufles, malgré la pluie. Il y a aussi que samedi, je me suis acheté un maillot de bain superbe et que ce maillot, allié à une remise en forme musculaire impitoyablement orchestrée par Coach Dinosaur fera de moi une naïade digne d’un bon surfeur encore en exercice. Alors je me réjouis de ces efforts à faire, même si je sais que je vais en baver ! Aujourd’hui je ne pense pas aux morts et je ne reconnais pas les junkies, aujourd’hui je ne pleure pas les amies perdues au détour des non-dits, aujourd’hui je n’envie pas les bourgeoises et leurs résidences principales, secondaires, voitures, voyages et colifichets. Aujourd’hui je suis ma bonne amie.


Poulpe Fiction 2 

Vous reprendrez bien un peu de poulpe pour bien commencer la semaine ?
Poulpe News


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