29.3.04
Milky monday
Romano Cagnoni - 1985.
L’air du temps est si doux aujourd’hui et je ne travaille pas. Je réfléchis à ce que j’ai écrit dernièrement sans trembler, je me sens juste un peu ébranlée. J’ai rêvé cette nuit que j’avais une nouvelle table de travail, entièrement restaurée et repeinte en blanc, son plateau était dégagé, rien ne l’encombrait. J’ai cherché dans mon dictionnaire des symboles la signification de la table et du blanc et j’ai trouvé que cette table devait représenter mon centre spirituel et la révélation d’un secret réservé à l’initié et que le blanc représentait l’aube. Bigre. W. Kandinsky disait à propos du blanc : « Le blanc , que l’on considère souvent comme une non-couleur… est comme le symbole d’un monde où toutes les couleurs, en tant que propriétés matérielles, se sont évanouies… Le blanc, sur notre âme, agit, comme le silence absolu… Ce silence n’est pas mort, il regorge de possibilités vivantes… C’est un rien plein de joie juvénile ou, pour mieux dire, un rien avant tout recommencement. » Voilà pourquoi je me suis sentie si bien ce matin !
28.3.04
Feeling like a rolling stone 14 - Grenoble 2
Edward Munch - La Voix - 1893.
Comme si je n’arrivais jamais à être un peu tendre avec moi-même, il faut toujours que je sois brutale, que les choses soient dites sans fioritures et, je sais, sans profondeur, parce que j’ai trop peur de m’aventurer dans ma propre chair autour de mon propre noyau, comme on roderait autour de sa propre mort, cette mésaventure m’a coûté dix ans de ma vie et je la traite comme une info, je n’en fais rien alors qu’il s’agit de moi . Le plus douloureux est cette solitude implacable face à la réaction d’autrui ; à les entendre dire : vite, dans le déni le plus total, ça passera, oui bien sur c’est là que je suis entrée dans ce tunnel, c’est là que la descente à commencé. Evidemment ce n’est pas venu tout d’un coup, je me suis effacée peu à peu, au fil des années, comme si je n’habitais plus ma propre vie. Dans l’ordre, la mère italienne ne voulait pas que j’en parle à son fils, ça lui ferait trop de peine, son fils, mon mec, une fois l’humiliation connue voulait que cette douleur passe vite, ma mère à qui je ne voulais rien dire me prit pour celle que je n’étais pas, ma meilleure amie m’écouta une seule fois, horrifiée, pressant sa main sur sa bouche ne voulut jamais plus en entendre parler, après… plus rien. Si peu de mots et de tendresse. Calvaire de ce magnifique été écrasé de soleil, crissant de cigales pendant lequel je révisais pour les examens de septembre. Je n’arrivais pas à me concentrer, je regardais les écureuils jouer dans le pinède, je sentais mon cœur battre à tout rompre, le soleil éblouissait la table de travail, je paniquais, il fallait que je sois plus forte que ça. Je me sentais brisée, j’écrivais sur un cahier jaune des tas de choses tristes jetées récemment, mon mec me téléphonait très peu, qu’attends-tu d’un type de 20 ans ? me demandait ma mère, tout, rien, mais finalement rien et de mon amie rien non plus, et elle ne comprenait pas que je revienne de la boite aux lettres en pleurant parcequ’il n’y avait pas de courrier pour moi. Je faisais de la planche à voile à Brutal Beach les jours de mistral, juste pour flipper, pour sentir les muscles de mes jambes tressauter lorsque je virais de bord. La rage. J’ai eu le passage en 2nde année, si fière d’avoir dépassé cette épreuve, je me suis durcie comme une carne, j’étais même contente que mon mec ait foiré les épreuves et qu’il soit recalé en fac d’histoire, lui qui m’avait si peu aidée pendant cet abominable été. Notre histoire devint compliquée, j’étais si blessée que ma dépendance à son égard et la jalousie en découlant occasionnaient des scènes pathétiques avec bris de vaisselle et autres lancers d’objets dangereux. Sur fond de Jimi Hendrix et surtout de Zappa. Sadomasochisme à la petite semaine. Etudiants poils aux dents, les manifs de décembre 86 contre la loi Devaquet, un gros coup dans ma tête militante, nous avons tenté de débrayer des cours, ça ne marchait pas trop à sciences po, tu parles, des gens sérieux, on est partis à Paris, la foule était immense, il faisait très beau et très froid, débarqués gare de lyon, la bastille n’était pas encore branchée et des types se jetaient du pont Henri 4 pour rigoler. Un grand moment, une belle journée, arrivés aux Invalides les choses ont commencé à mal tourner, les Crs étaient déchaînés, les flics en moto de cross, l’un qui conduit, l’autre derrière avec une matraque, pour frapper juste derrière les genoux ; j’ai juré de me payer cet enfoiré de Pasqua un soir de guerre civile.… L’excitation du grand jour, avortée ; la peur, l’immense tristesse, la fatigue de la journée de marche, le retour en train tout droit vers le manque d’entrain des cours, des galops et autres arènes. J’avais choisi en septembre la spécialisation Service Public. Quelle connerie ! Ce n’était pas moi, j’avais tant hésité, comme si je ne me sentais plus… même Lewin, le prof d’histoire que je préférais ne comprenait pas, il avait dit à S. mais que fera-t-elle en service public, c'est une poète ! Acte manqué. Je me suis fait chier, il n’y a pas d’autre mot.. J’ai loupé mon année, je n’allais pas bien, je faisais semblant d’être au poil, je séduisais ; je me mentais, je controlais la face cachée. Il y a eu Tchernobyl, ces jours là je révisais au bord de l’Isère, au soleil. Les salauds. Sale année et j’oublie le sida. J’ai été si heureuse aussi, parcequ’il ne faut pas noircir le tableau, je me sentais forte d’un truc spécial, je léchais mes blessures, je devais avoir une certaine morgue, un orgueil mal placé qui me rendait certainement insupportable. J’étais toujours vivante. Après les examens de juin que je présageais foirés d’avance, nous sommes partis à Barcelone avec des copains de St Jean. Un soir, ils cherchèrent de l’héroïne. Un dealer qui parlait français nous vendit de la came dans une ruelle du barrio gotico, il leur fit trois lignes sur le capot d’une bagnole, je lui demandai qu’il me fasse un paquet pour plus tard, il dût aimer mes cernes, ils eurent de la merde, j’eus une came d’enfer. La première fois. Cette nuit devait changer ma vie mais je ne le savais pas encore. Au petit matin , je m’éveillai dans un état de bien être absolu. J’étais calme, je me sentais douce et sensible et belle aussi, je suis sortie sans bruit me promener dans la ville et j’étais heureuse comme jamais. Je n’avais plus mal quand je respirais, je ne baissais plus les yeux en rencontrant le regard des hommes, je me suis arrêtée boire un café au soleil et je me souviens de ce moment comme d’un moment de grande douceur et de grande sérénité...
24.3.04
Feeling like a rolling stone 13 - Grenoble 1
Jean Dubuffet - "Barbe des fautes inexpiées - mai 1959.
J’ai tenté le concours à Sciences Po Grenoble et, oh joie, j’ai été admise alors toute la famille m’a accompagnée dans la 504 break pour l’installation. Il faisait un temps radieux le jour où on me déposa avec ma cantine en fer de marque estor bleue au foyer de l’étudiante de la rue du vieux temple ou j’avais maintenant une piaule avec un lavabo. Une autre vie commençait. Mon père était muté au Gabon et la famille partait à la fin de l’été pour Libreville. Les petites bouilles souriantes de mes soeurs à travers la vitre, les frangins qui faisaient les cons, ça me foutait un peu les jetons de les quitter. Bref, ils sont partis et je me suis sentie libre mais passablement seule. J’étais là pour étudier et ç’est vrai qu’il y avait un max de boulot et toutes les vacheries habituelles pour faire flipper les étudiants et leur faire suer le burnous, les galops d’essai ils appelaient ça… Je ne m’en tirai pas trop mal pendant la première année. J’avais un amoureux, rencontré à l’IEP, je découchais du foyer. Il vivait dans un meublé affreusement kitsh, Cours Bériat, Bériat éventré par les travaux de construction du tramway. En face, un café rebeu qui fermait très tard et où les hommes jouaient aux dominos, en les frappant fort sur les tables en formica et puis ce poivrot, en haut qui salissait toujours les toilettes du palier, alors un jour, on est montés pour l’engueuler, le type a ouvert et là, horreur, des dizaines de bouteilles pleines d’urine, alignées le long du mur dégageaient un taux d’ammoniac si élevé que le papier peint se décollait par pans entiers ! Quelle rigolade et quelle nausée. Il m’emmenait à St Jean de Maurienne où nous étions accueillis chaleureusement par sa mère italienne, par son père qui avait un accent savoyard à couper au couteau et par ses deux sœurs que j’aimais bien. Je la trouvais grise et triste cette vallée de la Maurienne mais on était bien, là, à se faire dorloter par sa mama le temps du week-end. On regardait les enfants du rock et puis on retrouvait des potes dans un café. Je les trouvais mous certains de ses copains de St Jean, je ne savais dire pourquoi encore à l’époque… Je suis partie au Gabon pour un Noël équatorial parfaitement dépaysant. La famille était installée dans une grande maison près de l’hôtel Dialogue. Bizarrement je n’ai pas envie de décrire la vie là-bas, je n’ai fait qu’y passer, c’était la belle vie des expatriés, les virées en brousse pour voir des animaux ou vers des plages lointaines magnifiques, des soirées en boîte ou dans les boui-boui des quartiers. L’année passe. En juin, examens de passage en seconde année. Pas mal de points à rattraper en septembre. Je suis partie à Paris rue de Rivoli chez MC pour une semaine de vacances en son absence et là, un soir de juillet, je ne me suis pas méfiée, j’ai suivi un type qui me trouvait si belle qu'il voulait me dessiner, il m’a violée et enfermée dans la péniche dans laquelle il vivait quai des arts, à austerlitz. Je n’ai pas porté plainte, je pensais que les flics riraient de ma naïveté, que c’était de ma faute et qu’ils ne feraient rien contre ce salopard. Je voulais juste me laver et dormir au plus vite.
17.3.04
Poème barbare
Basquiat - 1984
Vous vivez lâchement, sans rêve, sans dessein,
Plus vieux, plus décrépits que la terre inféconde
Chatrés dès le berceau par le siècle assassin
De toute passion vigoureuse et profonde.
Votre cervelle est vide autant que votre sein.
Et vous avez souillé ce misérable monde
D’un sang si corrompu, d’un souffle si malsain
Que la mort germe seule en cette boue immonde.
Hommes tueurs de dieux, les temps ne sont pas loin
Où, sur un grand tas d’or vautrés dans quelques coin,
Ayant rongé le sol nourricier jusqu’aux roches
Ne sachant faire rien ni des jours ni des nuits
Noyés dans le néant des suprêmes ennuis,
Vous mourrez bêtement en emplissant vos poches.
Leconte de Lisle - Poème LXXIX des Poèmes Barbares.
15.3.04
Lavis rose sang
"Dispacus laciniatus"
Cardère - feuilles séchées.
Karl Blossfeldt (1865-1932)
Trois semaines déjà que je suis apprentie à l'atelier d'encadrement. J’apprends donc, dans le calme et le silence tout un tas de trucs. Je peux ouvrir des passe-partout, biseaux, sous-cartes, couper le verre, le nettoyer à plat sur un carton du même format, toujours avec deux chiffons, pour ne pas se couper, fixer l’œuvre, border le paquet (c’est mignon, non ?) avec des bandes de papier kraft gommé qu’il faut mouiller avec une éponge gorgée de colle, je n’ai pas encore touché ni à la scie, ni à la machine servant à assembler les quatre biseaux du cadre, ni au pistolet à agrafes qui fixe la paquet au cadre, gare à tes nougats. Je sais placer les anneaux au dos, des pitons ou encore des étriers, les relier avec un câble fin en acier ou par une cordelette avec un nœud spécial. Mercredi, joe m’a confié la remise en état de deux précieuses peintures sur verre tonkinoises, vieilles de 130 ans. Des scènes de campagne au bord d’un fleuve, des femmes au travail une maison au loin sur une colline se détachant sur un fond bleu magnifique. J’ai tout nettoyé à la lame en prenant garde de ne pas abîmer les petits morceaux de nacre qui étaient collés en dessous. Quelle satisfaction de réaliser le travail de ses propres mains. Dépoussiérer le cadre, en bois, sculpté dans le style colonial de l’époque, recoller les pièces branlantes, changer le fond, poser une plaque de verre sur l’œuvre pour la protéger, border. Fixer deux pitons, câbler, emballer le tout avec précaution, mettre le nom du client sur le paquet, le caser sous le comptoir de l’entrée. L’autre jour, il y avait des embouteillages dans le quartier à cause des manifs et une file ininterrompue de bagnoles a défilé devant mes yeux, les voitures, les fourgonnettes d’ouvriers s’arrêtaient une à une devant l’atelier comme devant un péage et les conducteurs et les conductrices tournaient parfois la tête vers la fenêtre de l’atelier et me faisaient un petit sourire sympa. Pour la première fois, j’ai remis un boulot à un couple de clients très âgés venu malgré la pluie, deux tableaux. J’aime déballer le kraft comme j’ouvrirai un cadeau, je les sens impatients et je fais durer le plaisir en prenant des précautions pour manipuler tout ça et puis hop, j’écarte les deux pans du papier de soie : ah c’est bien, vraiment bien, ça change tout, on discute un peu des tableaux en question, de leurs vacances dans les Cévennes, Le Vigan, oui, je connais La Fabrègue, je m’entends bien avec les vieux, ils sont doux et polis. Il y a eu aussi ce couple de grandes américaines froides, maigres et blindées, deux girafes blondes de New-York, venues apporter des affiches de galeristes hollandais en sale état à encadrer, c’était urgent. Elle ont acheté un miroir magnifique et voulaient aussi cette lampe, mais elle n’était pas à vendre. Je les entendais dans l’entrée, faire des compliments à joe : oh, I love your haircut, it’s so cute, everything here is cute ! Je pensais à Madrid en faisant mes lavis rose sang dans une prière, la main calée sur une baguette de bois, passant trois couches, celle du centre d’abord, puis le haut au ras du filet, finir par le pied sans baver, étirer le cerne, la flaque qui se forme à l’angle.
12.3.04
Feeling like a rolling stone 12 - Pau 4
Raoul Hausmann - Portrait - 1923.
Fin septembre 83. Ma sœur Pauline est née. Je me souviens de l’avoir annoncé à toute la classe un matin où le soleil inondait la salle de cours, tous s’étonnaient de tant de différence d’âge, 16 ans, et me félicitaient, ça doit être chouette d’avoir un bébé à la maison. Je l’emmenais à vélo dans le centre ville et on se baladait dans la rue piétonne, je me faisais draguer gentiment par les paras en goguette. Mes parents avaient repris du poil de la bête, les petites sœurs égayaient la maison. On allait faire du ski, ça c’est des bons souvenirs, le soleil éclatant sur les pistes, l’envie de faire pipi sur le télésiège, les chaussettes qui fument quand on enlève ces pompes infernales, l’odeur de la fondue dans la galerie commerciale de la station, le Chouca, boîte pourrie, haut-lieu de la drague ado-after-ski à l’heure de Boy Georges et de Bronski Beat. Puis, plus souvent, je préférais rester le dimanche, toute la famille partait en excursion et je me retrouvais peinarde dans ma propre musique, dans le silence de la maison vide. Je lisais, je faisais mon boulot en bouffant mes stylos, je mangeais du chocolat, je me maquillais devant la glace puis me démaquillais, je fouillais et j’essayais les fringues de ma mère, je prenais des poses, je glandais, je regardais le théâtre du dimanche après-midi à la télé, je me lamentais sur la nullité des radios libres du coin, je partais faire un tour avec ma mobylette, je retrouvais des copains dans un café, on s’emmerdait de concert, les histoires se faisaient, se défaisaient après je rentrais, je rangeais tout avant l’arrivée du torrent familial. Les dîners étaient bruyants, parfois houleux, il y en avait toujours un pour renverser son verre, où pour faire un petite crise, ou alors je n’arrivais pas, une fois de plus pas à dire ce que je pensais, à parler, à trouver ma place, je sentais les larmes monter alors je quittais la table, toujours en train de pleurer on ne peut rien te dire. J’entretenais une relation épistolaire avec Jorge, il m’écrivait en espagnol d’une belle écriture hachée, des pages entières de collages, des dessins, d’articles sur les groupes de new-wave qu’il passait dans son émission de radio et dans le club où il travaillait, il m’envoyait des k7 de Joy Division, de David Sylvian, des Psychadelic Furs, de Siouxie and the Banshees, les Smiths; Lloyd Cole and the Commotions, les Damned, un peu de tout.. Je passais pas mal de mon temps chez un disquaire qui s’était installé devant le lycée et qui me faisait écouter Prince, les Waterboys et Brian Eno, Yellow et Zappa. Le sexe, découvert maladroitement dans le divin inconfort des lits une place ou dans des bagnoles aux vitres embuées, avec la peur d’être découverts soit par les parents soir par les flics. Pilule, planning familial. Je me débrouille seule. J’y avais rencontré une femme médecin marquante, une féministe qui nous avait dit : méfiez vous, le droit à l’avortement et les droits des femmes seront régulièrement remis en question, rien n’est vraiment acquis et vous devrez être vigilantes surtout avec la droite et la montée de Le Pen. Elle avait raison.
Après le bac, je ne savais pas trop, Sciences Po ça brillait plus, ça flattait, je voulais faire comme mon grand-père maternel, je voulais qu’on soit fiers de moi. Je croyais être une fille capable de supporter des études intellectuelles poussées. Vanité, volonté. Ce qui pèse sur tes épaules c’est l’envie de réussite de toute une famille. Finalement, j’ai eu mon bac, sans mention mais bon, tout le monde était content.
C’était décidé je me présenterai au concours de Sciences Po à Grenoble.
8.3.04
Women Unite
DECLARATION DES DROITS DE LA FEMME ET DE LA CITOYENNE
Postambule.
Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l'univers ; reconnais tes droits. Le puissant empire de la nature n'est plus environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonges. Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l'usurpation. L'homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes pour briser ses fers. Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne. Ô femmes ! Femmes, quand cesserez-vous d'être aveugles ? Quels sont les avantages que vous avez recueillis dans la révolution ? Un mépris plus marqué, un dédain plus signalé. Dans les siècles de corruption vous n'avez régné que sur la faiblesse des hommes. Votre empire est détruit ; que vous reste-t-il donc ?
La conviction des injustices de l'homme. La réclamation de votre patrimoine, fondée sur les sages décrets de la nature ; qu'auriez-vous à redouter pour une si belle entreprise ? le bon mot du législateur des noces de Cana ? Craignez-vous que nos Législateurs Français, correcteurs de cette morale, longtemps accrochée aux branches de la politique, mais qui n'est plus de saison, ne vous répètent : femmes qu'y a-t-il de commun entre vous et nous ? Tout, auriez-vous à répondre. S'ils s'obstinaient, dans leur faiblesse, à mettre cette inconséquence en contradiction avec leurs principes ; opposez courageusement la force de la raison aux vaines prétentions de supériorité ; réunissez-vous sous les étendards de la philosophie ; déployez toute l'énergie de votre caractère, et vous verrez bientôt ces orgueilleux, non serviles adorateurs rampant à vos pieds, mais fiers de partager avec vous les trésors de l'Être suprême. Quelles que soient les barrières que l'on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir ; vous n'avez qu'à le vouloir.
Passons maintenant à l'effroyable tableau de ce que vous avez été dans la société ; et puisqu'il est question, en ce moment, d'une éducation nationale, voyons si nos sages Législateurs penseront sainement sur l'éducation des femmes.
Cité in Paul Noack, Olympe de Gouges, Paris, ed. de Fallois, 1993.
7.3.04
Sur le zinc
Hier j’étais un peu soûle alors j’avais envie d’écrire, sur le vain et le plein d’un début de soirée passée à boire des bières au comptoir d’un bar que j’aime bien avec des gens du quartier plus ou moins paumés avec qui discuter du vague et du fond de nos vies. On se raconte des conneries et puis des vérités, tien pourquoi es tu là ce soir, pourquoi n’es tu pas déjà rentré, t’as vu l’heure ? et toi ? tes mômes, t’as des nouvelles ? c’est vrai qu’ils sont loin, c’est pas la joie et lui là bas, il a un bon boulot, il a beau faire le malin, il ne croit plus en rien, il se dit que c’est trop tard pour s’offrir un nouveau refrain plutôt que celui du bar tous les soirs, t’as beau essayer de le convaincre le type est peu enclin à croire que ce n’est pas parce qu’il n’a pas eu de père qu’il ne pourra pas en être un, un de ces quatre matins et pourtant une fille l’attend depuis des années. On fêtait l’arrivée des jumeaux du jeune couple qui tient le bar. Alors bienvenue à Micha et à Louis leurs deux petits, dans ce monde de brutes ! Allez vas-y remets nous une tournée de 16 et puis les cacahuètes là, c’est qu’on a faim, c’est pas grave on dînera liquide ahahah l’important c’est de faire des enfants et des les élever pour qu’ils changent le monde, t’as vu la merde qu’on leur laisse, ça me donne pas envie d’en faire un, mais si justement, c’est déjà ça, du moment que tu le fais bien, sinon t’auras plus d’espoir tu resteras comme un con tous les soirs au bar. Noir c’est noir.
2.3.04
Sister of soul
Meshell Ndegeocello. « Comfort Woman », me… téléporte !
Launch playez sur son site astral et vous pourrez écouter certains titres accompagnés de fraîches photos d’elle en tenue de coquillage.
1.3.04
Recadrage imminent
The Party - The Fabulous Furry Freak Brothers by Gilbert Shelton.
Soirée d’anniversaire vendredi dans un bar hype de la rue montmartre, décor céramique dans les verts algue, mousses de piscine, cheveux de sirène, bave de zinc, lumière d’aquarium. Le rythme est venu lentement, si lentement, j’en étais découragée à l’avance, toute cette faune connue ou pas, ce bienveillant cirque social trop ou jamais assez de sourires et de suivi, on ne se voit que dans ce genre d’occasions, ça n’a aucune espèce d’intérêt mais j’étais là pour fêter mon frère. Qu’est ce qu’on boit et qu’est ce qu’on fume pour en arriver à danser un peu, j’ai eu envie de me tirer, de cesser de perdre mon temps et mon énergie dans ces endroits vains sans âme ou les rencontres effleurent, ne prennent pas. Après l’ambiance monte avec le taux d’alcoolémie alors ça chauffe le temps d’un bon morceau de funk bien mixé. On se dit une fois lancé que c’était un bon moment mais franchement tout cela m’ennuie rapidement. J’ai du prendre un coup de vieux. Je me sens décalée, à nouveau dans un état et dans une situation de non-être que je connais si bien pour m’y être tant livrée quand je cherchais une fusion, un poison. Je jette le temps par les fenêtres que j’ai ouvertes sur plein de gens mais tous ne valent pas le coup. Je suis pompée. Ma maison est un courant d’air, souvent, l’atmosphère de chaque pièce est battue aux quatre vents et il faudrait que je sache reconnaître le bon du moins bon dans ces relations. Où en est le socle, le partage des joies et des chagrins, le cheminement commun…
