23.11.03
Le Nouveau Colosse
Non pas comme ce géant de cuivre célébré par les Anciens,
Dont le talon conquérant enjambait les rivages,
Ici, devant nos portes battues par les flots
et illuminéees par le couchant se dressera
Une femme puissante, la flamme de sa torche
Est faite de la capture d'un éclair et son nom est
Mère des Exilés. De son flambeau
S'échappent des messages de bienvenue au monde entier;
son regard bienveillant couvre
Le port, les deux villes qui l'entourent et le ciel qui les domine.
"Garde, Vieux Monde, tes fastes d'un autre âge" proclame-t-elle
De ses lèvres closes."Donne-moi tes pauvres, tes exténués
Qui en rangs pressés aspirent à vivre libres,
Le rebus de tes rivages surpeuplés,
Envois-les moi, les déshérités, que la tempête me les rapporte
De ma lumière, j'éclaire la porte d'or!"
Un poème d'Emma Lazarus (1849-1887) gravé en 1883 sur la Statue de la Liberté
1924 - Cigarettes Klad (Trésor) - Mosselprom
Les paquets de cigarettes contenaient les billets d'une loterie.
Les lots (tracteur, vache ou cheval) constituaient de véritables trésors.
Les bénéfices de la loterie étaient versés aux orphelins sans foyer
de la Première Guerre mondiale et de la guerre civile russe.
Nuit blanche
Dans les nuits de panique écarquillée
Une chair endormie à ses côtés à laquelle on parle toujours trop tard
Exaspère dans l’isoloir mes aveux défaits d’impuissance
Et la honte muette d’avoir encore faim malgré le si joli festin
Echappés d’une noyade, déglutie, souffles courts
On hoquette, on a mangé si vite et dans l’effort
On touche du doigt dans l’obscène désordre de la table
Les restes éparpillés d’un improbable réconfort
Une chair endormie à ses côtés à laquelle on parle toujours trop tard
Exaspère dans l’isoloir mes aveux défaits d’impuissance
Et la honte muette d’avoir encore faim malgré le si joli festin
Echappés d’une noyade, déglutie, souffles courts
On hoquette, on a mangé si vite et dans l’effort
On touche du doigt dans l’obscène désordre de la table
Les restes éparpillés d’un improbable réconfort
11.11.03
Feeling like a rolling stone - 4
L’appartement de l’avenue René Coty était plutôt agréable et bien conçu. Fonctionnel, clair, spacieux De la fenêtre de ma chambre, je pouvais voir les premières tours de la place d’Italie, si modernes, belles la nuit et j’entendais le RER passer. Nous allions au Parc Montsouris en skate, c’était l’époque
« Trocadéro Bleu Citron ». Dans la rue Dumoncel ou Ducouedic je ne sais plus, je passais tous les jours devant la maison de Jacques Dutronc et de Françoise Hardy, je plongeais toujours un regard indiscret dans le tain de leurs vitres fumées, il me semble sentir encore l’odeur du cigare. Je m’arrêtais aussi devant la vitrine d’une « animalerie » garnie de chiots où je marquais une pause attendrie.
J’entamais ma cinquième, à l’Institut Notre-Dame des Champs où j’étais entrée l’année précédente, à notre retour d’Iran.
L’Institut Notre Dame des Champs, école de filles, située en face du lycée Stanislas, école de garçons, quel dommage.Tenue bleu marine de rigueur, blouse, pas de bijoux et pas de maquillage. Les locaux étaient d’un autre âge, le parquet craquait, tout sentait la cire et l’haleine confinée. Nous avions des pupitres en bois J’aimais ces pupitres, cirés par nos soins deux fois par an dans lesquels nous pouvions nous cacher, ranger nos affaires, nos gommes parfumées Holly Hobby, nos premiers gadgets et autres merdouilles japonaises et des BN au chocolat emballés et achetés à l’unité à la récré. Les sœurs étaient âgées et elles n’étaient pas très douces, loin de là, préférant souvent le sarcasme au sourire, la punition au pardon, appliquant une discipline de fer dans un monde de filles pas toutes sympas elles non plus, loin de là.
Elles étaient barbantes, les sœurs, quant aux filles, c’étaient pour la plupart, des bourgeoises, barbantes elles aussi.
Je me souviens de ma rentrée, mon tout premier jour : mes parents étaient repartis à Téhéran quelques jours auparavant, j’avais le cœur en marmelade et j’étais anxieuse à l’idée de cette école de filles si austère, si différente du Lycée Razi où les classes étaient mixtes et les nationalités mélées et puis je débarquais en pleine année scolaire, à la fin du premier trimestre…
Ce matin-là, j’étais arrivée en retard. J’avais loupé de quelques secondes le bus 21 et j’étais paniquée, persuadée qu’il n’en passait qu’un par jour, comme pour les cars de ramassage scolaire. J’étais revenue en larmes et en courant chez MC, chez qui je vivais désormais, rue de Rivoli, bégayant que j’avais manqué le bus. Elle éclata de rire et me répondit « mais des bus il y en a toutes les 5 minutes, file, dépêche toi ! » Je repartis illico, blanche d’angoisse et en sueur pour y attendre le prochain. Voilà pourquoi j’arrivai en retard ce matin-là. J’étais mortifiée.
Je me présentai au bureau de la directrice. La directrice de l’Institut était une grande et belle femme brune et triste, de celles qu’on dit sévères mais justes. Elle m’accompagna au seuil de la classe de Mlle Baron, frappa, poussa la porte et là je vis « mes camarades de classe » se lever comme une seul femme, comme une seule servante. Des filles avec des seins et des peignes dans les cheveux qui firent la moue lorsque je fus présentée et qui ne voulaient pas que je m’asseye à côté d’elles. Heureusement, j’étais de nature sociable et gaie alors je m’adaptai rapidement et pris le pli, en surface, avec ma jupe plissée, queue de cheval. Et mes bagues aux dents.
J’étais devenue une folle de cinoche. Un jour que j’étais à l’étude en train de lire un numéro de « Première » où s’exhibait en couverture « Bo Derek sur la plage en chemise transparente collée sur sa splendide poitrine avec ses petites tresses africaines », on m’arracha brusquement la revue des mains. C’était la pionne, une horrible petite femme difforme, maquillée comme une mère maquerelle, teigneuse et certainement lesbienne jusqu’au bout de ses longs ongles trop rouges. Elle éructait, postillonnait, trouvait ce magazine scandaleux, pas de mon âge, elle manqua de tomber en syncope devant les photos de la pépée la plus sexy de cette fichue année 80, et me confisqua bien sur mon canard, la garce. Je fis plus tard à nouveau scandale en lisant, toujours à l’étude, « Nana », de mon pote Zola. Dernier avertissement. Elles poussaient un peu les bonnes sœurs. Il n’y avait pas de quoi s’affoler.
A la fête de l’école, j’eus mon heure de gloire en imitant un comique un peu foireux de l’époque dans le sketch savoureux de « la cigale et la fourmi » version pied-noire. C’est de famille, mes grands-parents étaient pieds-noirs, mes parents sont pieds-noirs, d’Alger et de Tlemcen du côté de ma mère, de Rabat du côté de mon père. On aime les histoires qu’on raconte avec l’accent un chouïa forçé et des mots patahouètes.
Trop de filles dans cette école. C’en était presque écoeurant. Quelques unes étaient assez étranges. Vicieuses et méchantes, d’autres très sages. L’une d’entre elles me fascinait par sa pâleur et sa blondeur de Loreleï, elle était en fait leucémique mais personne ne le savait à l’époque, même pas elle. Je crois que j’en étais tombée un peu amoureuse tant elle ressemblait à une héroïne de Barbey d’Aurevilly, elle me semblait si pure et si diaphane dans cette lumière triste qui rayait notre salle de classe. Elle ne disait jamais rien et souriait doucement comme une vierge.
A la récré, nous passions des mots aux garçons de Stanislas sous la porte qui séparait notre cour de la leur. C’éait très chaste et très excitant.
Les filles les plus délurées, les plus âgées, portaient quand même du rouge à lèvres, ce fameux Rose Schocking de Yves Saint-Laurent, rose fluo infect qui allait si bien avec tous les Banana Split de Lio et les Boum de Sophie Marceau que je détestais déjà à l’époque.
J’aimais les Kiss, Trust et Téléphone et aussi AC/DC, Deep Purple et Police. J’avais découvert Renaud à la radio et je connaissais les chansons de Souchon par cœur. Classique.
Mon père me fit cadeau d’un disque de Janis Joplin.
Peu de temps après il nous annonça qu’il partait en mission en Angola.
« Trocadéro Bleu Citron ». Dans la rue Dumoncel ou Ducouedic je ne sais plus, je passais tous les jours devant la maison de Jacques Dutronc et de Françoise Hardy, je plongeais toujours un regard indiscret dans le tain de leurs vitres fumées, il me semble sentir encore l’odeur du cigare. Je m’arrêtais aussi devant la vitrine d’une « animalerie » garnie de chiots où je marquais une pause attendrie.
J’entamais ma cinquième, à l’Institut Notre-Dame des Champs où j’étais entrée l’année précédente, à notre retour d’Iran.
L’Institut Notre Dame des Champs, école de filles, située en face du lycée Stanislas, école de garçons, quel dommage.Tenue bleu marine de rigueur, blouse, pas de bijoux et pas de maquillage. Les locaux étaient d’un autre âge, le parquet craquait, tout sentait la cire et l’haleine confinée. Nous avions des pupitres en bois J’aimais ces pupitres, cirés par nos soins deux fois par an dans lesquels nous pouvions nous cacher, ranger nos affaires, nos gommes parfumées Holly Hobby, nos premiers gadgets et autres merdouilles japonaises et des BN au chocolat emballés et achetés à l’unité à la récré. Les sœurs étaient âgées et elles n’étaient pas très douces, loin de là, préférant souvent le sarcasme au sourire, la punition au pardon, appliquant une discipline de fer dans un monde de filles pas toutes sympas elles non plus, loin de là.
Elles étaient barbantes, les sœurs, quant aux filles, c’étaient pour la plupart, des bourgeoises, barbantes elles aussi.
Je me souviens de ma rentrée, mon tout premier jour : mes parents étaient repartis à Téhéran quelques jours auparavant, j’avais le cœur en marmelade et j’étais anxieuse à l’idée de cette école de filles si austère, si différente du Lycée Razi où les classes étaient mixtes et les nationalités mélées et puis je débarquais en pleine année scolaire, à la fin du premier trimestre…
Ce matin-là, j’étais arrivée en retard. J’avais loupé de quelques secondes le bus 21 et j’étais paniquée, persuadée qu’il n’en passait qu’un par jour, comme pour les cars de ramassage scolaire. J’étais revenue en larmes et en courant chez MC, chez qui je vivais désormais, rue de Rivoli, bégayant que j’avais manqué le bus. Elle éclata de rire et me répondit « mais des bus il y en a toutes les 5 minutes, file, dépêche toi ! » Je repartis illico, blanche d’angoisse et en sueur pour y attendre le prochain. Voilà pourquoi j’arrivai en retard ce matin-là. J’étais mortifiée.
Je me présentai au bureau de la directrice. La directrice de l’Institut était une grande et belle femme brune et triste, de celles qu’on dit sévères mais justes. Elle m’accompagna au seuil de la classe de Mlle Baron, frappa, poussa la porte et là je vis « mes camarades de classe » se lever comme une seul femme, comme une seule servante. Des filles avec des seins et des peignes dans les cheveux qui firent la moue lorsque je fus présentée et qui ne voulaient pas que je m’asseye à côté d’elles. Heureusement, j’étais de nature sociable et gaie alors je m’adaptai rapidement et pris le pli, en surface, avec ma jupe plissée, queue de cheval. Et mes bagues aux dents.
J’étais devenue une folle de cinoche. Un jour que j’étais à l’étude en train de lire un numéro de « Première » où s’exhibait en couverture « Bo Derek sur la plage en chemise transparente collée sur sa splendide poitrine avec ses petites tresses africaines », on m’arracha brusquement la revue des mains. C’était la pionne, une horrible petite femme difforme, maquillée comme une mère maquerelle, teigneuse et certainement lesbienne jusqu’au bout de ses longs ongles trop rouges. Elle éructait, postillonnait, trouvait ce magazine scandaleux, pas de mon âge, elle manqua de tomber en syncope devant les photos de la pépée la plus sexy de cette fichue année 80, et me confisqua bien sur mon canard, la garce. Je fis plus tard à nouveau scandale en lisant, toujours à l’étude, « Nana », de mon pote Zola. Dernier avertissement. Elles poussaient un peu les bonnes sœurs. Il n’y avait pas de quoi s’affoler.
A la fête de l’école, j’eus mon heure de gloire en imitant un comique un peu foireux de l’époque dans le sketch savoureux de « la cigale et la fourmi » version pied-noire. C’est de famille, mes grands-parents étaient pieds-noirs, mes parents sont pieds-noirs, d’Alger et de Tlemcen du côté de ma mère, de Rabat du côté de mon père. On aime les histoires qu’on raconte avec l’accent un chouïa forçé et des mots patahouètes.
Trop de filles dans cette école. C’en était presque écoeurant. Quelques unes étaient assez étranges. Vicieuses et méchantes, d’autres très sages. L’une d’entre elles me fascinait par sa pâleur et sa blondeur de Loreleï, elle était en fait leucémique mais personne ne le savait à l’époque, même pas elle. Je crois que j’en étais tombée un peu amoureuse tant elle ressemblait à une héroïne de Barbey d’Aurevilly, elle me semblait si pure et si diaphane dans cette lumière triste qui rayait notre salle de classe. Elle ne disait jamais rien et souriait doucement comme une vierge.
A la récré, nous passions des mots aux garçons de Stanislas sous la porte qui séparait notre cour de la leur. C’éait très chaste et très excitant.
Les filles les plus délurées, les plus âgées, portaient quand même du rouge à lèvres, ce fameux Rose Schocking de Yves Saint-Laurent, rose fluo infect qui allait si bien avec tous les Banana Split de Lio et les Boum de Sophie Marceau que je détestais déjà à l’époque.
J’aimais les Kiss, Trust et Téléphone et aussi AC/DC, Deep Purple et Police. J’avais découvert Renaud à la radio et je connaissais les chansons de Souchon par cœur. Classique.
Mon père me fit cadeau d’un disque de Janis Joplin.
Peu de temps après il nous annonça qu’il partait en mission en Angola.
Seeking for a new corpus
Tu es comme une nouvelle amie attendue si longtemps après les amitiés un peu fatales de nos adolescences, fusionnelles, homosexuelles, passionnelles, toujours douloureuses et finissant dans le néant ou dans l’incertitude du non-dit et des trahisons. Elles ne reviendront jamais, elles sont éteintes comme les braises de nos feux anciens. Et rien ne sert de souffler sur leurs lueurs mortes. L’illusion est tombée exsangue à nos pieds mais nous n’osons la piétiner, de peur qu’il n’en renaisse un élan oublié, un aveu, un reste de flamme, quelque chose qui nous arrache un pardon total pour le mal fait.
Il n’en sera rien et rien ne sert d’attendre, il faudra juste se souvenir des jolies choses comme on égrène le chapelet des amours défuntes, roulant avec douceur les petites perles entre nos doigts dans la même prière d’amour et de fidélité.
Il n’en sera rien et rien ne sert d’attendre, il faudra juste se souvenir des jolies choses comme on égrène le chapelet des amours défuntes, roulant avec douceur les petites perles entre nos doigts dans la même prière d’amour et de fidélité.
5.11.03
Ivresse de la métamorphose
Tremper dans le neuf
Refaire puberté
Défaire les gestes appris
En anciennes amours
Changer l’ordre des mots
Dans les instants des phrases
En de nouvelles postures
Modeler l’arc du dos
Jeter l’ordure
Où nous étions assis
Soigner métamorphose
Chrysalide, cocon
Transformer l’être en attente
Dans les nuits
Chercher le repos
Refaire puberté
Défaire les gestes appris
En anciennes amours
Changer l’ordre des mots
Dans les instants des phrases
En de nouvelles postures
Modeler l’arc du dos
Jeter l’ordure
Où nous étions assis
Soigner métamorphose
Chrysalide, cocon
Transformer l’être en attente
Dans les nuits
Chercher le repos
