29.10.03

Feeling like a rolling stone - 3 

Au fond du jardin, il y avait une petite porte en bois peinte en vert.
Elle ouvrait sur une ruelle menant au Bazar Tajrich. La ruelle était étroite et fraiche, puis, brusquement, sautait dans une rue bruyante, très commerçante, bordée d’échoppes pleines à craquer d’un foisonnement d’articles de droguerie et de bricoles diverses, peignes, canifs, cadenas, porte-clefs, briquets, fleurs synthétiques, tous les trésors colorés et clinquant des bazars. Je flânais. On achetait des billes, pour les revendre à l’école, après une opération
d’ « éclaté ». Je posais une bille dans une cuillère, la faisais chauffer sur le du feu puis la plongeais dans l’eau froide. Elle implosait, sans exploser. Plus belle, plus chère. Les affaires ont été florissantes puis nous nous sommes lassés.
Nous jouions aussi au « djoub », ce petit caniveau en plein air, qui traversait notre jardin du nord au sud. On y voyait flotter des ordures venant du marché, et des mousses d’eaux de lessive caressant les filaments d’algues vertes accrochées au ciment. Un après-midi que j’étais absente mon plus jeune frère y jeta toutes mes petites affaires de fille. Je couru au fond du jardin retrouver quelques naufragées sauvées par la petite grille nous séparant de chez notre voisin.
L’automne était magnifique. Les grands platanes nous inondaient de larges feuilles craquantes.
Nous écoutions Abba, les Bee Gees, nous regardions « The six million dollars man » et buvions du Fanta.
Mes parents firent l’achat d’un combi Volkswagen blanc d’occasion. Avec le toit qui s’ouvrait à la quasi-perpendiculaire.. Chaque enfant avait un petit placard où mettre ses affaires. Tous les trois, nous dormions en haut comme sous une tente. Mon père était le roi de l’aménagement du camping-car. Chaque objet indispensable avait sa place et chacun était en charge d’une opération. Ma mère préparait des réserves de boîtes de conserve, de lait en poudre, de
corn-flakes, mes frères emportaient leurs GI Joe, leurs petites bagnoles et moi, euh, une barbie et des livres.
Nous partions à travers les montagnes grises de l’Elbrouz, sur des routes casse-gueule, surplombant des gouffres caillouteux. Les camions
soupoudraient l’air éblouissant de poussière dense Après des heures de route, enfin venait la descente vers les plaines de vert tendre, douces comme des terres promises. Les peupliers argentés et les torrents scintillants invitaient à la paix. Les familles arrêtaient leurs autos et leurs camionnettes, posaient des palettes en bois au bord de l’eau, les recouvraient de tapis puis, le samovar fumant à portée de main, tous se reposaient , écoutaient de la musique persane en fumant et en plaisantant . Les amoureux se cachaient à peine et les filles ne portaient pas toutes le voile. Elles étaient belles et brunes avec de grands sourcils luisants. Les femmes souriaient et l’air était plein de lumière et d’ombres.
Moments bénis, moments chéris où j’étais une étrangère si bien accueillie.
De Gorgan à Bandar Abbas, de Herat à Kermanchah, Ispahan , Chiraz, Persepolis… Nous dormions dans le combi, garé à l’abri des brigands, dans les cours de caravansérails, dans les gares routières, aux postes des frontières, dans des champs, dans des campings crasseux…
Kaboul. 1978. Mes parents avaient eu une petite faiblesse pour des manteaux en loup, nous reçumes des gilets brodés en peau et en tissu matelassé fleuri, rayé, ou à pois, c’était bien chaud, ça sentait fort le mouton. Nous marchions dans les rues, nous mangions des petites brochettes, la fumée grasse du gril nous rattrapait dans le brouhaha… De chaque boutique jaillissait de la musique, des oiseaux pépiaient dans de jolies cages décorées de perles de verre, partout, des colliers de figues sèches, des grenades, des herbes, des pains de sucre en forme d’obus et des paniers de pistaches et d'épices où je je voulais plonger les mains comme dans du sable..
J’aimais les couleurs vives et criardes des rouleaux de tissus brillants et luisants qu’affectionnent les nomades et les tons mats des cotons, brique, framboise, véronèse, orangé, cobalt dont les femmes font leurs tchadors plissés et grillagés, gonflant dans le vent comme des voiles.
Nous sommes montés dans les statues des Bouddhas de Bamian, celles que les talibans ont détruites. Je sais juste qu’à l’intérieur, montée à trente mètres de haut , je trouvais le monde très beau à travers leurs doux yeux de pierre.
Les Kalashs qui vivent au pied des Bouddhas on le regard vert et rieur et les traits fins .
Bientôt, il ne fût plus question de grâce et de paix. A Téhéran, la révolution couvait dans les quartiers sud. Des manifestations monstres hérissées de Kalashnikov et ondulant de noir réclamaient le retour d’exil de Khomeini.
Les profs du lycée Razi se firent la malle. Nous n’allions plus à l’école. Le couvre-feu fut déclaré à partir de 18 heures et les coupures d’électricité se généralisèrent. Un sentiment d’inquiétude et d’excitation, aiguisé par les plus folles rumeurs... Des nuits, veillées à la lampe à pétrole rassemblaient les familles, chez les uns et les autres. Nous nous pressions de faire le chemin en voiture juste avant le couvre-feu, passant un à un les barrages qui parsemaient les avenues maintenant désertes. Les gardiens de la révolution nous demandaient de baisser nos vitres passaient parfois le canon de leurs armes à l’intérieur. On passait encore, les français.
En décembre 1979 nous somme rentrés en France pour les vacances de Noël
Dans l’avion, je buvais des yeux le ciel rose et les lueurs de la ville et dans mon cœur coulait le pressentiment que je ne reviendrai pas.
Je ne savais pas encore que nous resterions tous les trois à Paris, nous les enfants : mes frères chez mes grands-parents à Boulogne Billancourt, quai de Stalingrad, moi chez une amie de mes parents à Paris, rue de Rivoli.
Ainsi, après Noël, les parents reprirent l’avion pour Téhéran. Ils étaient profs là-bas et les étudiants les attendaient. Huit mois plus tard, une fois leur école réquisitionnée, leurs étudiants, les plus chanceux, exilés aux Etats-Unis ou en Europe, leurs amis dispersés à travers le monde, le déménagement acheminé vers Paris 14ème, avenue René Coty, les parents firent le voyage de retour de Téhéran à Istanbul avec le combi Volkswagen, bourré à craquer de trucs, de leurs tapis et de stocks d’essence.
Nous les avons retrouvés à Byzance en juillet 1980, eux et le mini-bus, pour un Byzance-Paris, tous les 5 cette fois, à travers la Turquie, le Grèce et l’Italie.


26.10.03

Blue 



17.10.03

Je porte dans mon sein
L’idée de toi-grenade
Qui dégoupille si bien
La propagande racaille
La fade, qui voudrait que j’oublie
Funérailles
Et qui, lâche, me vend
Des lendemains de gens qui disent, hélàs
Que tout passe, que tout casse
Et compostent la trace d’une douleur qui m’étend

Je meurs de ta main
à jamais que j’aimais
Qui cherchait dans mon cou
Le joli champ veiné
Le creux, le bel espace
Où poser de ta bouche
Le déflagrant baiser


12.10.03

I used to be a bitch 

Meurtrir des amours, qui m’aimaient, même malade
Abimer, infidèle, jouir de mille tocades,
hommes désirés, possédés et frappés,
amourachés farouches battant comme des chamades,
avec qui je dansais des tangos endiablés
pour partir plus loin, en grossières passades,
inciser de mes mots leurs silences blessés.
Et mon oeil brutal dans son cerne violet
regardait sans les voir leurs larmes de nouveaux-nés

C’est une affaire en or, caressante à souhait,
un coeur gros comme ça qui se vend quand tenté,
un corps de tigresse aux poisons éreintés,
une griffure obscène, une plainte en pointillé
Et systématique tox et manipulation jex
je piétine sous cape et capitulant tard, je laisse dans mon sillage
un vilain petit carnage
un grand silence d’amour
un sentiment tout gourd
qui ne veut plus ricaner
et cherche le blanc du lait


1.10.03

Comment tout recommence 

Oser l’idée apprivoisée
de toi qui travailles
dans le verre là haut
vers qui
je tend
une regard m’échappant
Dans nos petites cages
comprimé le désir de nos âges
le chaleur de nos pulpes
aliénées à l’écran
attablées aux petits néants
alors que nous venons
moi de la mer
toi de l’océan


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