11.7.08

Amor fati 


Edouard Boubat
Ange - 1974

"I want to learn more and more to see as beautiful what is necessary in things; then I shall be one of those who make things beautiful. Amor fati: let that be my love henceforth! I do not want to wage war against what is ugly. I do not want to accuse; I do not even want to accuse those who accuse. Looking away shall be my only negation. And all in all and on the whole: some day I wish to be only a Yes-sayer."

F. Nietzsche
Section 276
The Gay Science


27.6.08

Violence des échanges en milieu tempéré 


Peter Doig - Hitch Hiker
1989-1990

Je ronge mon frein. On m'a mise dans un coin, derrière un poteau, à un bureau réduit de moitié. Les fils de l'ordi, du réseau, du téléphone courent entre mes pieds et entravent mes roulettes. Ma lampe m'a été enlevée, on veut aussi m'ôter un petit caisson à tiroirs où serrer mes affaires. Le mois prochain, je serai remplacée par une jeune femme aux cheveux bouclés à bac+1 embauchée à mi-temps qu'il faudra former fissa fissa pour me relever.
Je lis sous mes paupières ma lettre de rupture.


9.6.08

Seine et marne 

Journées mornes au travail à couver une liberté à recouvrer en août. Je boue. Je boute hors de ma vie ce qui pèse, je colmate ma lézarde. Fille Seine, je sors de mon lit pour inonder les caves, laver les fondations, éprouver les piliers. Je dévale les ruelles de la montagne Sainte-Geneviève. Very good fluency.
République est très sale, défigurée par les campements, les étrons au pied des arbres, les restes des soupes populaires. Les couloirs du métro sont jonchés d'êtres voilés implorant en silence dans la pisse. Je passe sans compassion, souvent. Je deviens minérale. Je n'ai de cesse que ma propre création.


24.5.08


Minucchio Da Sena, Avignon - 1330
Rose d'or offerte par le pape Jean XXII
à Rodolphe De Nidau

Fleurs de glace

"Et me voici, le nez aux vitres, dans le ventre de la lumière vidée de son ombre, graine de tumulte.

Une aurore en lame de couteau beurre les toits, les gibets, les caniveaux. Une chasse à courre chez les Valois retentit dans mes oreilles et je vois les piqueurs dans la clairière, les sapeurs-pompiers qui vont à l'incendie, à la délivrance de l'asphyxié. L'avocat général crache à la figure de la veuve et de l'orphelin. Le peuple n'est pas content, ce qui n'a pas d'importance. Voici le jardin de l'éternité sans pourriture ni parasites ; il apparaît une ou deux fois l'an à ceux qui ne sont pas de ce monde, tant le présence de l'homme est une absurdité. Il faut bien peu de choses pour briser une nature incorruptible."

Maurice Blanchard
"La hauteur des murs"
1939 - 1944


16.5.08

Mère et fils 

Mon petit aux yeux cernés, à la voix noyée quand tu parles du père, de son bébé à naître, du temps qu'il t'accorderait une fois l'enfant né, de cette nouvelle vie, de cette famille recomposée où te voilà plongé. Nous sommes allongés côte à côte sur le canapé gris déplié, il est sûrement tard, tu as école demain, sur la couette moelleuse où tu fais des galipettes pour mieux éteindre l'angoisse de ton jeune être, je t'écoute, en te parlant comme à un homme je t'accouche encore de la vie, je te donne quelques clés. Je partage avec toi l'aventure humaine.


15.5.08

Extraits de Mai 

A l'agence la musique est trop forte. J'aimerais être ailleurs. Je pense à la manifestation de vendredi dernier. C'était heureux de m'y rendre bien qu'elle ait été interdite et de constater que nous étions tout de même nombreux, c'était bien d'avoir pu échanger quelques mots avec quelques uns. Une fois arrivés au carrefour des Gobelins plusieurs groupes se sont dispersés pour échapper aux flics et tenter d'atteindre le point de rendez-vous par d'autres chemins. ll faisait chaud et lourd. Je suis rentrée chez moi un peu survoltée et triste comme après une boum à treize ans mais en plus important.
Maintenant il n'est plus vraiment nécessaire que j'assiste aux réunions. On m'envoie parfois porter un paquet à travers la France. Je prends le train, ça me permet de lire beaucoup de philo et de rêver à ma modification. J'ai l'impression d'être libre. Je prends aussi des cours d'anglais pour gagner plus d'argent, je fais des progrès a dit Bambi, ma professeur australienne qui est une jolie et grande perche à la peau très blanche et aux yeux très verts. Je trouve ma vie à nouveau passionnante parce qu'elle est très occupée et plutôt vibrante.


11.5.08

Là est le temple 


Paul Gauguin
Pahari te marae
1892

"Dans un sens, c'est bien ma vie que je joue ici, une vie à goût de pierre chaude, pleine de soupirs de la mer et des cigales qui commencent à chanter maintenant. La brise est fraîche et le ciel bleu. J'aime cette vie avec abandon et veux en parler avec liberté : elle me donne l'orgueil de ma condition d'homme. Pourtant, on me l'a souvent dit : il n'y a pas de quoi être fier. Si, il y a de quoi : ce soleil, cette mer, mon cœur bondissant de jeunesse, mon corps au goût de sel et l'immense décor où la tendresse et la gloire se rencontrent dans le jaune et le bleu. C'est à conquérir cela qu'il me faut appliquer ma force et mes ressources."

Albert Camus
Noces
1939


7.5.08

Interim 


Claes Oldenburg - 1960
Diagonal Girl against the Flag

Les rennes, le temps et l'argent. Inconsciente. Le métier en volante, amazone d'une mission, puis à d'autres. Ainsi je n'aurai pas à vous aimer trop longtemps, ni à vous connaître vraiment. J'exécuterai, serai payée puis partirai. J'imagine qu'il me faudra porter plus de fards et l'habit conséquent. Je serai plus encore femme souple et gaie qui porte du rouge à lèvres et qui sent bon. Je prends le risque, j'empoigne ma vie ou bien j'implose.


16.4.08

En tête 

Des ordres peu clairs, des hue et dia de manège, des vexations épistolaires, des piques pour pécadilles, comment oublier que je suis remplaçable. Puisque l'angoisse tapissait mes nuits, il fallait une décision qui libère. Et puis, on me presse, il faudrait écrire, tout rose et souvent et surtout des histoires de consolante à poitrine ample où se blottir, se sentir chose. Ce n'est pas mentir cette envie de chialer, on dira temps moroses malgré les belles fringues de Carla.
Puisque j'avais le coeur en marmelade, je voulais follement me souvenir de quelque chose de doux comme la nuque en frison d'un petit frère, un moment de l'enfance édentée, bien avant les loups, le beurre et la mort de mère-grand. J'ai pensé à une blanquette de veau et ses câpres flottant dans la sauce au citron et à Lucien Jeunesse à l'heure de l'apéro, c'est beau, c'est si net cette table du dimanche et je suis toute pure d'être allée à la messe. Les grands prennent le café sur le balcon ensoleillé surplombant le quai de Stalingrad, à cette époque des péniches passent et l'île Saint-Germain est un grand potager, un repaire de ferrailleurs, à cette époque l'usine Renault fait encore vrombir sa sirène à l'embauche. Les grands ont sans doute des soucis mais ils nous semblent heureux, ils nous demandent parfois de nous taire un petit peu. Aujourd'hui j'ai souvent peur, je pense, bien plus peur qu'eux hier.


12.4.08

Monochrome 


Robert Ryman
Winsor 6
1965

"Il y a hâte en moi. Il y a urgence. Je voudrais. Je voudrais quoi que ce soit, mais vite. Je voudrais m'en aller. Je voudrais être débarrassé de tout cela. Je voudrais repartir à zéro. Je voudrais en sortir. Pas sortir par une sortie. Je voudrais un sortir multiple, en éventail. Un sortir qui ne cesse pas, un sortir idéal qui soit tel que, sorti, je recommence aussitôt à sortir. "(...)

Henri Michaux
Misérable miracle
1955


21.3.08

A la vie, à la mort 

Beaucoup de joie tu sais, ma vie, plutôt que la promesse des voyages, plutôt que l'obsession du dépaysement, du divertissement culturel, du savoir accumulé, ce n'est pas l'agent du moment, ce n'est pas de mon ménage. Au rare téléphone, tu paves ma journée de l'enfer de tes "sans te blesser", "tu n'écris plus pareil", "tu te répètes", femme sous influence pense un moment que c'est tellement vrai que tu me fais pleurer. Après, je ris même si je ne sais que faire.

Je me souviens du jour où A. et moi avons décidé de nous séparer, nous avions tous deux retiré nos alliances et les avions posées côte à côte aux pieds d'un petit boudha qui nous avait été offert.
Hier un jeune type pleurait dans la rame de métro. Il est descendu à la Gare d'Austerlitz. Je suis restée immobile à chercher une idée.
Je croise l'infirmière ravissante qui m'administrait de la morphine à la clinique et à qui je répétais : j'ai peur.
Je me réconcilie avec le genre humain en allant voir Bienvenue chez les Chtis, je ris comme une baleine.
On me demande de temps en temps si il y a une suite à ma saga personnelle "Feeling like a rolling stone" dont le récit s'achève ici sur ce blog en 1988. La suite, c'est surtout l'héroïne et l'amour qu'elle maltraite. Est ce que j'ai envie de raconter ma vie avec elle et avec la bande de petits gauchistes sectaires avec qui je la prenais ?



Ce texte "André et Yvonne" me revient, quatre ans après... des proches l'ont lu et m'ont fait part de leur émotion.
Je le trouve plus mal écrit que dans mon souvenir, j'aurais pu un plus bel hommage, avec les yeux plus bleus d'André, les yeux plus soyeux d' Yvonne...
Je me souviens de l'agonie de ma grand-mère Yvonne. Nous étions tous auprès d'elle, j'avais emmené avec moi mon fils âgé de deux ans. Nous nous relayions à son chevet pour prier et lui dire adieu. Voilà pourquoi je suis particulièrement touchée aujourd'hui par cet article de la très digne Marie de Hennezel, voilà pourquoi je déteste l'idée de l'euthanasie.


20.3.08

Norouz mobarak 1387 ! 



La fête de Norouz est la plus ancienne des traditions iraniennes. Elle avait déjà sa place d’honneur dans le rite des Zoroastriens, il y a plus de 2500 ans. Cette fête marquait le début de l’année nouvelle qui débute avec l’équinoxe du printemps. Les rigueurs de l’hiver et les difficultés de l’existence disparaissent pour faire place au printemps, au renouveau saisonnier.

Quinze jours avant la nouvelle année, les femmes font le grand nettoyage, renouvellent des choses de la maison (Khaneh Takouni). Les maisons sont décorées. Les femmes confectionnent des vêtements neufs, préparent les pâtisseries et les graines qu'on fera germer en signe de renouveau.

Le dernier mercredi de l'année, c'est la grande fête du feu (Tchahar chanbé souri).
Ce jour-là, les gens ramassent des rameaux secs, des broussailles du désert ou du petit bois, en font sept fagots, les entassent dans la cour ou dans la rue et les enflamment au coucher du soleil. Ils sautent alors par-dessus le feu.
Une autre pratique courante à cette occasion et pendant les fêtes du Norouz consiste à brûler des semences de riz (isfand) ou de l'encens (kondor) contre le mauvais oeil et les mauvais esprits.

Le jour de Norouz, dans chaque demeure, le "sôfreh" (nappe) de "hafte sine" est installé. "Hafte sine" signifie sept choses dont le nom commence par "S". Depuis la plus haute Antiquité en Iran, sept est un chiffre sacré.

Voici, d'après la tradition, les sept objets commençant par la lettre S :

1. Sepand : graines d'une plante sauvage, de couleur brune, parfois légèrement rouge, bleue, verte, jaune et même gris clair. On constitue des dessins très décoratifs avec ces graines, qui, lorsqu'on les brûle, dégagent un parfum délicat.
2. Sabzeh : il s'agit de blé ou de lentilles qu'on a fait germer dans une assiette.
3. Samanou : c'est une sauce brune et concentrée faite à base de blé germé.
4. Sendjed : olive de Bohème, fruit de couleur orange.
5. Sib : la pomme.
6. Sir : l'ail
7. Serkeh : le vinaigre.



En plus de ces sept S, on place sur la table des oeufs peints de différentes couleurs, un miroir, une petite coupe contenant de la farine et du riz, un bocal d'eau avec un poisson rouge, des chandeliers ou une lampe, des fruits, un flacon d'eau de roses et une coupe de bonbons. On pose également un Coran devant le miroir.
"Hafte sine" était le nom de sept anges de bon augure. Ils étaient annonciateurs de santé, félicité, prospérité, bonheur, splendeur, joie et beauté, souhaits que l'on retrouve peints sur des panneaux.

"Le "sôfreh" de "hafte sine" présente aussi sept choses dont le nom commence par "M", c'est "hafte mime" :

1. Mivé = fruits
2. Morgh = poulet
3. Mahi = poisson
4. Maste = yogourt
5. Mey = vin
6. Mousir = échalotes
7. Meygou = crevettes

A ces denrées, s'ajoutent des pâtisseries et sept branches noueuses d'arbres, olivier, saule ou grenadier, que l'on s'offrira les uns les autres en se souhaitant du bonheur pour la nouvelle année.
Assis autour du "sôfreh", les membres de la famille et les amis, tous portant des vêtements neufs, attendent joyeusement la "transition" du nouvel an ("Tahvil") en chantant des cantiques et des airs traditionnels et en récitant des sourates du Coran et des poèmes de Hâfez. A un moment donné, l'aïeul se lève, donne à chacun trois cuillérées de miel ou une pâtisserie, une pièce d'or ou d'argent, trois feuilles vertes et félicite, embrasse, souhaite à tous du bonheur pour l'année nouvelle." (Najmieh Batman). Tous s'embrassent et s'offrent mutuellement leurs voeux.

Le Nouvel An ne commence pas toujours à minuit. Il varie suivant l'équinoxe de printemps. Quelle que soit l'heure pour le premier repas de Nouvel An, on sert surtout du poisson et des nouilles qui sont gages de bonheur.
On prépare :
- du riz aux herbes : sabzi polo
- une omelette aux herbes : coucou sabzi
- du poisson salé et fumé : mahi doudi
- condiments de 7 herbes : torchi hafté bidjar
- du riz aux nouilles : rechté polo
- yogourt : maste
- crème au riz : fereni
- conserves de fruits : torchi mivé, - confitures : morabbâ

On boit du thé (tchaï) ou le dough.

Le début de l'année est ausi l'occasion d'aller chez les amis, voisins, familles et de les recevoir avec beaucoup de gâteaux, fruits et friandises (Dido Bazdid).

"Le treizième jour de "farvardine", les familles au grand complet, emportant les plats de germes verts, quitteront en procession les maisons pour un pique-nique dans un lieu verdoyant et aéré. Les germes seront jetés dans l'eau très loin des demeures pour en éloigner le mauvais sort. Ce jour joyeux qui se passe au milieu des danses et des chants se nomme "sizdeh-bedar". Il clôture les fêtes du "Norouz".


8.3.08

Bonne chance les filles ! 

"Ce qui m'habite c'est ce que je fais."
Tracy Emin



Jenny Holzer
Arno -1996



Communiqué officiel des Guerilla Girls
New-York - 1985



Rineke Dijksta
Julie, Den Haag - 1994



Astrid Klein
O-T - 1997



Shirin Neshat
Speechless - 1996


5.3.08

Sol y sombra 


Illustration de C. Robinson

J'ai envie du soleil de cette photo, de ce moment allongé dans la crique.
Je souhaite vivement l'été des trois semaines attendues toute l'année, dans les courants d'air, sur les quais. Dans le métro, mon poème sur la ville n'est pas le lauréat affiché par la RATP, le jury préfère des trucs jolis à la Maurice Carême, qui ne blessent pas l'oeil des enfants, qui passent sur les peaux de toutes les couleurs. On voudrait nous faire croire au folklore de l'âme d'un Paris immuable mais Paris n'est plus, combien je l'aime ! Mon quartier se meure d'être trop cher, les boutiques, les cafés ferment leurs gueules, ici tout est à vendre, les baux sont à céder, je répète, les moches doivent partir. Pour "vivifier" le 5 on nous propose du commerce équitable pour quelles tables, des sandwicheries hallal spécialisées mauvaises odeurs et blanchisseries fiscales, de l'éco-pépinière design, du développement durable de lapin, des langues de bois séchées, des maisons pour retraités roulant en BM et des logements pour les fonctionnaires qui auraient bien léché. On manque de librairies dans le quartier latin ? Où sont les bouchers, les boulangers, où est partie la dernière mercière, et l'encadreur chez qui je travaillais, où est le marchand de primeurs ? Est-ce vraiment à moi que vous vous adressez, onctueux militants, bourgeois bien satisfaits, lorsque vous venez nous inonder de vos tracts si vides qu'ils en sont dégueulasses, est-ce aussi à moi, ce droit de vivre là ?


27.2.08

De chair et d'autre 


Oscar Zwinterscher
Nacre et or
1909

Nymphe macabre

(...)
Tu n'es plus fraîche, ma très-chère,

Ma vieille infante ! Et cependant
Tes caravanes insensées
T'ont donné ce lustre abondant
Des choses qui sont très usées,
Mais qui séduisent cependant.

Je ne trouve pas monotone
La verdeur de tes quarante ans ;
Je préfère tes fruits, Automne,
Aux fleurs banales du Printemps !
Non ! Tu n'es jamais monotone !
(...)

Ta carcasse a des agréments
Et des grâces particulières ;
Je trouve d'étrange piments
Dans le creux de tes deux salières ;
Ta carcasse a des agréments !
(...)

Ta jambe musculeuse et sèche
Sait gravir au haut des volcans,
Et malgré la neige et la dèche
Danser les plus fougueux cancans
Ta jambe est musculeuse et sèche ;

Ta peau brûlante et sans douceur,
Comme celle des vieux gendarmes,
Ne connaît pas plus la sueur
Que ton oeil ne connaît les larmes.

Charles Baudelaire (1821-1867)
Les Epaves


Du pain, des mots... 

J'aime t'entendre, tu tombes amoureux comme tombe un trésor au fond d'un puits. Veau d'or, nuits de l'abri et du ventre. L'anxiété n'est pas empêchée. Pour me distraire du désert au travail, de la paie trop pâle, je dresse le bilan de mes compétences disparates avec une femme que j'aime bien. Sûr qu'elle me donnera des coups et des conseils pour survivre économiquement pendant encore 25 ans. Elle me confortera aussi dans ce que je sais déjà : je voudrais être payée à rêver, à lire, à écouter. Je voudrais juste une planque au rayon poésie.


25.2.08

Veaux, vaches, cochons 


Café Ippei

Aujourd'hui, l'extrait d'un texte tiré d'un blog ami ne souhaitant pas être mis en lien :

"(...) Aujourd’hui, la vieille Europe et les Etats-Unis soutiennent le Kossovo ou plutôt la tête de pont européenne d’un grand axe américano-turc.
Washington : de Tirana à Astana, la création d'un tampon entre la Chine et la Russie, jusqu’au bout de l’Asie Centrale, partant de Pristina-Tirana vers Samarkand et Tachkent, via Istanbul, Bakou, Achkhabad, Astana, Bichkek. Toutes villes et pays peu réputés pour leur modernité et leur esprit démocratique.

Les Albanais, autrefois oppresseurs des Serbes et qui ont composé avec l’occupant turc en se convertissant à l’Islam pour des motifs purement économiques. Les Serbes magnifiquement fiers qui ont résisté pendant plus de cinq siècles.

Allez à Belgrade, car c’est là qu’est l’Europe; déambulez dans la rue Strahinjicala ou la rue piétonne de Knez Mihajlova, admirez ses gourmandes bimbo-girls aux tenues affolantes, allez de cafés en cafés, de restaurants en restaurants de Kneza Mihaila ou de Skandarlija dans le Montmartre belgradois, explorez les multiples librairies, pillez les marchands de disques puis les boutiques d’antiquaires, terminez enfin votre journée dans l’une des innombrables et folles boîtes de nuit. "Belgrade by night" déchiré, non par les bombes de l'Alliance du printemps 1999, mais par les lasers des boîtes de nuit en plein air.
"Ne rien faire que boire, chanter, mater les gens et danser toute la nuit. Parler pour ne rien dire... Une vie de non-sens, quoi !" Ville électrique, explosive, où les regards s’entrecroisent, où s’imprime la brûlure instantanée des rencontres.
La densité de la vie, l'égalité des femmes c'est à Belgrade que vous l'éprouverez et non dans les villes de l'axe américano-turc.(...)"

Et l'interlude musical...
avec Shantel !


14.2.08

Urban lovers 


Frans Masereel
La Ville - 1925


13.2.08

On the air ! 



Vous pourrez m'entendre lire une quinzaine de mes textes dans l'émission
"Sur les docks"qui sera diffusée mercredi 20 février 2008 à 16 heures
sur France Culture (93.9)...

Merci de votre indulgence.


9.2.08

Pravda Tzara i tutti quanti 


Pravda la surviveuse
Guy Paellaert - 1968

(...)
malgré l'injure que le temps dédaigneux nous fait le mauvais temps abondamment vomi par le désert
du haut de ses tertres de nuit
malgré la cri épais de la bête condamnée à mort
la brèche ouverte au coeur de l'armée de nos ennemis
les mots
la glaciale paresse du sort qui nous laisse courir à
notre guise
nos chiens nous-mêmes courant après nous-mêmes seuls dans l'écho de nos propres aboiements d'ondes
mentales
malgré l'inexprimable plénitude qui nous entoure
d'impossible
je me vide devant vous poche retournée
(...)

Tristan Tzara
L'Homme approximatif
1925-1930


5.2.08

Carnaval 


James Ensor (1860-1949)
L'intrigue

Me sentir un peu flouée comme acculée à me démettre, souffrir dans ma foi résignée à l'iniquité. Pour éviter la frustration, à la terrasse non chauffée du café du quartier, je fume. Il pleut, je pense à Carla, c'est ça. C'est une aventurière comme dirait ma grand-mère. Je pense à cette farce qu'elle fourrait dans la dinde. C'est Mardi-Gras, je grince et puis j'aboie.


30.1.08

C'est tous les jours dimanche 

Alerte star. Je croise Joey Starr ce matin dans la rue Charlot, il propulsait un jeune enfant dans une poussette Benz-Benz. L'autre jour c'était Jean-Pierre Darroussin dans un vilain bonnet de laine, Marianne Denicourt comme une liane dans son trench, Vanina Giocante trimbalant un petit chien...
Les dimanches de marché de la place Monge sont si courtisés par les prétendants aux trônes municipaux que ça me colle la nausée et que je refuse tous les tracts gentiment distribués par les militants empressés. Ainsi j'y ai vu Bertrand Delanoë en "ballade militante" avec Lyne Cohen-Solal, Jean Tibéri et Xavière, même Philippe Meyer s'y met et brandit l'orange du Modem, ce type est si ringard avec ses chansons de mémés et sa veste pied de poule. Des bobos échevelés parlent très fort à leurs mômes mal élevés dans les allées du marché pour montrer à quel point ils sont cools et modernes. C'est formidable hein, le 5ème va passer à gauche. Je m'en fiche bien-bien, j'écoute La Chanson du Dimanche.


19.1.08

En cours 


Roman Cieslewicz
"Horoscope" - 1965

Abattement inexpliqué, la vie parfois boudée mais tirée par le souffle de t'entendre me dire je t'aime du haut de tes neuf ans, pliée dans l'enlacement, l'angoisse au travail tarabusté mais la joie d'avoir été invitée à lire mes textes pour une émission radio en préparation. Je vous dirai quand ma voix rousse ira courir sur l'onde. Je joue avec mon dictaphone, ce que je vois, ce que disent les gens au bistrot... comme de ne plus fumer au café, de renoncer aux toxiques, à la matrice, au partage à l'abreuvoir.
Bêtes, sortons dans le froid ou rentrons dans nos espaces exigus et quel pied mettre à la place sinon des choses raisonnables.
Je lis "Reliquaire" de Anne Thébaud et "La cloche de détresse" de Sylvia Plath.


2.1.08

Sans toi 

Je n'ai pas aimé cette matinée de cette nouvelle année sans toi au zinc.
Je n'ai pas aimé te prendre dans le froid, sans la radio, sans les journaux, sans le bruit du percolateur. Je n'aime pas ce que devient mon pays, son hygiénisme délirant, son écologisme fascisant, la mise à mort de ses cafés et de la convivialité.
Je n'allais pas au bistrot pour y rencontrer des mères de famille avec leurs enfants, je fuis leur compagnie depuis toujours. J'allais au café pour y boire, y fumer y retrouver les copains et l'homme que j'aime à la sortie du boulot. J'aimais qu'il sente le cuir, la laine le tabac et la bière. J'aimais les cafés de cette année d'avant. Maintenant j'espère la résistance retour des clandés et tripots.


31.12.07

Bonne Année 2008 ! 

Avec ABBA...


28.12.07

Prière des Innocents 


Willem De Swart (1862-1931)
Nature morte avec des pommes dans un plat de Delft

(...)
Tiens-nous éveillés, une fois au moins ;
révèle ce qui qui gît au fond de nous.

Ne nous force plus à enfanter dans la souffrance ;
donne à notre enfantement un sens plus lourd.

Toi qui peux tout, plutôt que d'exaucer le rêve de la femme
qui croit porter Dieu dans son sein,
fais-nous connaître enfin l'homme dans sa vérité,
l'homme qui porte en lui sa propre mort,
montre-nous le chemin qui mène à lui
et délivre-nous des mains acharnées à sa perte.
(...)

Rainer Maria Rilke
"Le livre de la Pauvreté et de la Mort"
1903


25.12.07

Joyeux Noel ! 


Gertrude Käsebier
La mangeoire
1903

Morte l'année

Mort de l'année, enfin Noël.
L'ultime battement est pour toi.
Le vent a retenu son souffle.
La neige enfouit tous les ravages.
Plainte apaisée, le coeur distrait,
entre les verres et le grand feu.
Descente et plaine, coeur lumineux,
coeur épuisé. Les amis sourient : Es-tu là ?
O joie éclate, car il est temps.
Minuit, soleil bleu enfantin.
La montée reprend avant l'aube.
L'an neuf n'aura rien oublié.

André Frénaud
"Il n'y a pas de paradis"
1943-1960


11.12.07

Voir plus loin 

Le linge ne sèche pas, les murs suintent l'eau de la courette, le Nous s'insère dans nos vies, faisant du quotidien un perpétuel rangement du petit espace encombré. Bientôt il faudrait quitter ce meublé, se convaincre de la force des projets engagés au comptoir dans la cohorte des demis, innombrables cigarettes, mots précis dont je me souviens et qui tintent. Avons nous les moyens de cette nouvelle vie rêvée, pourrons nous jamais donner à nos enfants celle encore confortable que nous ont offert nos parents. A l'âge de mon fils j'avais déjà voyagé autour de la terre, j'étais allée skier, avec mes parents j'écumais les musées, je lisais Michel Strogoff faute d'avoir la télé.
Je m'englue dans la frustration du présent, tout cela n'est plus de notre temps.
Je tiens deux espoirs dans mes mains, publication, autre logement, hier je pleurais qu'ils ne deviennent sable et coulent entre mes doigts, aujourd'hui je dis qu'il faut attendre demain parce qu'on ne sait jamais.


30.11.07

Position suave 


Amédée Ozenfant
Nature morte - 1923.

(...) Toutes les pilules et toutes les saloperies psychothérapiques du monde ne sont rien en comparaison des antiques paroles coptes de l'évangile de Thomas : "Si vous faites advenir ce qui est à l'intérieur de vous, ce que vous ferez advenir vous sauvera. Si vous ne faits pas advenir ce qui est à l'intérieur de vous, ce que vous ne ferez pas advenir vous détruira." C'est aussi simple que cela. (...)

Nick Tosches
Confessions d'un chasseur d'opium
2000


20.11.07

Paris double galère 


Frans Masereel
La Ville - 1925

Depuis le Point du Jour jusqu'aux cèdres bibliques,
Double galère assise au long du grand bazar,
Et du grand ministère, et du morne alcazar,
Parmi les deuils privés et les vertus publiques ;

Sous les quatre-vingt rois et les trois Républiques,
Et sous Napoléon, Alexandre et César,
Nos pères ont tenté le centuple hasard,
Fidèlement courbés sur tes rames obliques.

Et nous, prenant leur place au même banc de chêne,
Nous ramerons des reins, de la nuque, de l'âme,
Pliés, cassés, meurtris, saignants sous notre chaîne ;

Et nous tiendrons le coup, rivés sur notre rame,
Forçats, fils de forçats aux deux rives de Seine,
Galériens couchés au pieds de Notre-Dame.

Charles Péguy
"La Tapisserie de Notre-Dame"
1913


9.11.07

Frimaire 

Le plus souvent je vais mieux, j'oublie que je n'aurai plus d'enfants quand bien même j'en voudrais, d'autre, que je suis exsangue et je me remets à marcher vite et droit dans mes bottes berlinoises. Parfois je me traîne parmi les richesses du Marais et peine à arquer vers l'autre rive pour rentrer chez moi. Ce n'est le moment de rien, ni celui de me replacer dans la course pour gagner plus, faire quelque chose de mieux, ailleurs, ni celui de rêver trop fort. Je fais donc répétition de l'ennui de mes jours et ne vois pas plus loin à la fin du mois. Il y a des moments de stagnation où rien ne nous est demandé sinon de nous refaire. Maintenant ma joie c'est d'être aimée de toi, ma joie, c'est mon unique enfant.


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